Ne pas confondre retraites et marchés actions
Par Nicolas le mercredi 24 décembre 2008, 08:29 - Capitalisation - Lien permanent
La crise financière donne des ailes aux défenseurs des retraites par répartition. Depuis plusieurs semaines on assiste à une recrudescence des prises de positions soulignant les déboires à court terme des régimes de retraites par capitalisation et, a contrario, les avantages de la répartition. Henri Sterdyniak (OFCE), Pierre Yves Concialdi (IRES) ont par exemple publié des points de vue mettant en avant les pertes des fonds de retraite américains représentant 2.000 milliards de dollars dans les 18 derniers mois, selon le bureau du budget du Congrès (CBO). A les entendre, la crise actuelle marquerait la supériorité de la répartition. Même discours à la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) dont la présidente, Danièle Karniewicz, dépeint la répartition comme « un garde-fou incroyable par rapport à des marchés financiers volatils ».
Pour autant, cette analyse est réductrice. D’une part, la situation des épargnants partant à la retraite ou en phase d’épargne n’est pas désespérée. D’autre part, les régimes de retraite par répartition sont loin d’êtres immunisés à l’égard des évolutions conjoncturelles et structurelles.
Tout d’abord, il est faux de dire que la baisse des marchés actions va se traduire par une baisse à due proportion des pensions de ceux qui s’apprêtent à partir à la retraite. Les gestionnaires institutionnels, tels les fonds de pensions, n’investissent qu’une part de l’épargne retraite qu’ils gèrent sur les marchés actions. Correspondant à l’épargne de moyen ou long terme, cette part est d’autant moins importante que les épargnants sont près de la retraite, c'est-à-dire du moment où il sera nécessaire de convertir leur épargne pour la transformer en rente. Il en va de même pour les épargnants préparant leur retraite individuellement ou collectivement. La quasi-totalité des plans d’épargne qui leur sont proposés, tels les PERP et les PERCO français, permettent d’opter pour des gestions automatiques. Ces dernières privilégient les investissements actions en phase d’épargne, afin de profiter du potentiel de rentabilité à long terme de cette classe d’actifs. A contrario elles privilégient des actifs moins volatiles lorsque les épargnants se rapprochent de la retraite, afin de mettre leur épargne à l’abri des fluctuations des marchés actions. Il existe bien sûr des situations difficiles lorsque des épargnants ont fait le choix de faire différemment et sont restés massivement investis en actions en dépit de l’approche de leur retraite. Handicapés par la baisse des marchés, ils seront confrontés à une alternative douloureuse : vendre des actifs, quitte à réaliser des pertes sur une partie de leurs investissements, ou différer leur départ à la retraite s’ils en ont la possibilité. Pour autant, il ne faut pas oublier qu’s’agit là de situations personnelles résultant, avant tout, de spéculations individuelles.
De même, la situation des épargnants en phase de capitalisation est loin d’être aussi inquiétante que ne le laissent penser les évolutions récentes des marchés. Certes, la baisse des cours suscite une contraction de la valeur de l’épargne accumulée. Toujours est-il que nombre d’épargnants continuent d’extérioriser des plus-values potentielles, notamment s’ils ont investi dans les phases où les marchés étaient bas. D’autres ont accumulé un potentiel de moins-values mais ne réaliseront pas de pertes, n’étant pas en situation de vendre. Enfin tous ces épargnants vont pouvoir bénéficier des opportunités résultant de la baisse de cours. Les versements qu’ils vont faire vont leur permettre d’acheter plus d’actions que par le passé, avec un prix nettement moindre, et les mettront en situation de profiter de la reprise des marchés à moyen ou long terme.
Il en ressort que ce serait une erreur de juger la rentabilité de la capitalisation à l’aune des rendements à court terme des marchés actions. L’épargne retraite est, par essence, une pratique dont les fruits doivent être jugés sur la longue période. Les épargnants qui capitalisent sont par définition des investisseurs à long terme. Achetant régulièrement pour conserver, ils sont en situation d’amortir les chocs et n’ont pas besoin de s’inquiéter inutilement des rendements à court terme.
Enfin a contrario des idées reçues, le clivage entre une capitalisation exposée aux aléas et une répartition, qui ne le serait pas, est factice. Les régimes de retraite par répartition sont loin d’être à l’abri de la conjoncture. Leurs ressources proviennent majoritairement de cotisations sociales, prélevées sur le travail des actifs. Si ces derniers sont moins nombreux, par exemple du fait d’un ralentissement de l’économie, leurs recettes s’amenuisent mécaniquement. C’est exactement ce qui est en train de se produire, la crise ayant naturellement des conséquences sur l’activité des entreprises. Le chômage vient de repasser au-dessus des 2 millions, niveau qu'il n'avait pas atteint en France depuis avril 2007. La situation devrait se dégrader encore plus dans les années à venir, l’OCDE anticipant 200.000 chômeurs de plus dès l’an prochain. Cette remontée du chômage laissera des traces dans les comptes de l’UNEDIC et dans toutes les branches de la sécurité sociale, dont la CNAV. Ces traces seront d’autant plus visibles que cette dernière ne dispose d’aucune réserve, contrairement aux régimes complémentaires ARRCO et AGIRC ayant constitué une épargne de précaution leur permettant d’amortir les chocs.
Ajoutons que la CNAV, directement tributaire des aléas à court terme, doit aussi faire face à des déséquilibres structurels, liés au vieillissement et au contrechoc du baby boom. Le nombre de départs à la retraite est passé d’environ 500.000 par an au début de la décennie à 750.000 en 2007 et 2008. Conséquence, le déficit va se creuser chaque année un peu plus. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) considère que les pertes annuelles des régimes de retraite français devraient passer de 4,2 milliards d’euros en 2006 à 24,8 milliards en 2020 et à 68,8 milliards d’euros en 2050. Précisons que ces chiffres, en euros constants de 2006, sont calculés avec une hypothèse de plein emploi en 2015 très optimiste. Cumulés, les déficits annuels de la répartition représentent proportionnellement des masses nettement plus inquiétantes que les moins-values potentielles enregistrées à ce jour dans les fonds de pensions. A titre d’illustration l’INSEE estimait en 2006 que la « dette implicite ex ante » des systèmes de retraite français représentait 105% du PIB, soit près de 1.700 milliards d’euros. Ce chiffre mesure la masse d’argent qu’il aurait fallu placer pour couvrir tous les déficits à venir de la répartition si les taux d’intérêts étaient 2% plus élevés que la croissance du PIB. Faute d’avoir provisionné ces sommes, il y fort à parier qu’il sera impossible de maintenir le pouvoir d’achat des retraités sans augmenter les charges sociales. De quoi à relativiser les discours opposant une capitalisation risquée à une répartition gage de sécurité…
Commentaires
En 2014 environ, la retraite des 13.6 millions du privé coutera la même somme que les 2.8 millions du public.(source CARMF)La génération née entre 1965 et 1973 est celle qui doit cotiser le plus et qui touchera le moins.J'espère qu'elle en prend de plus en plus conscience car de telles largesses décidées par la horde de sympathisant vieillissant aux manettes de l'assemblée (59 ans de moyennes d'âge) et du sénat (62 ans de moyennes d'âge)rend cette génération bien plus pauvre que celles de ces aînés.Vraiment, nous paierons mai 68 toute notre vie mais je crains fort que le système ne puisse tenir trop longtemps encore.En conclusion je retiens cette phrase issue du rapport de la cour des comptes sur l'équité intergénérationnelle,qui sur l'hypothèse de faire rembourser par chaque génération le déficit qu'elle a créé répond:"il ne faudrait pas lever le voile de l'ignorance de peur d'augmenter les tensions intergénérationnelles".En résumé, motus tant que les jeunes paient sans se révolter.
très juste..les jeunes paient cars ils ne comprennent rien aux retraites.
la génération 68 perpétue son hold up alors que nous ne sommes qu'au debut de la vague de départ des baby boomers.. de beaux déficits en perspective, une future augmentation de la dette publique?
de1959 a 2001 j'ai travaille a plus de cinquante par semaine,pensez vous qu'en travaillant 30 ou 35 ans a 35heures vous aurez une bonne retraite?
Bonjour,
J'ai lu vos posts, néanmoins je n'ai pas réussi à identifier la différence entre les fonds de pension américains avec le plan 401K et le PERCO en France.
Y en a t-il vraiment une de différence ?
Cdlt