Nicolas Sarkozy a indiqué hier qu'il avait chargé le gouvernement d'étudier la possibilité d'intégrer les primes d'intéressement dans l'assiette de calcul des retraites. Selon le chef de l’Etat, il faut que « les salariés qui touchent de l’intéressement ne puissent pas dire ‘et bien écoutez, on s’est moqué de moi, on me donne du pouvoir d’achat mais ça ne compte pas pour la retraite’ ». Des propos qui montrent que le président n’a pas compris ce dont il parle ou que ses objectifs sont autres.

Première erreur. Les salariés ont déjà le choix entre percevoir directement tout ou partie de leur intéressement ou les placer. Ils sont donc libres de le consommer immédiatement ou d'épargner, par exemple en vue de leur retraite. Loin d’améliorer la situation des salariés, l’assujettissement de l’intéressement aux cotisations sociales retraites ne fera que diminuer les sommes disponibles pour consommer ou capitaliser. Cette mesure n’est donc pas une bonne nouvelle, quel que soit le souhait des salariés.

Deuxième erreur. Le gouvernement table sur un gain de 800 millions d’euros par an. Dans les faits, les gains seront moindres puisque taxer l’intéressement réduira son intérêt. Les entreprises auront donc tendance à en distribuer moins, et tout le monde sera perdant.

Troisième erreur. La France souffre d’un sous développement des retraites par capitalisation. Au lieu de chercher à le compenser en incitant les individus à épargner plus, par exemple en plaçant leur intéressement, le président de la République propose d’assujettir ce complément de revenu aux charges sociales. Ce faisant, il va à l’encontre de la démarche entamée par François Fillon en 2003, qui souhaitait le développement d’une épargne retraite individuelle ou collective (PERP, PERCO).

Dans les faits, l’objectif de cette proposition n’est pas de préserver les retraites futures mais d’équilibrer, à court terme, les comptes de l’assurance vieillesse, en trouvant de nouvelles recettes. Nicolas Sarkozy a fait sien l’adage de Keynes, « dans le long terme nous sommes tous morts », pauvres français...