Quelle retraite ?

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samedi 18 mars 2000

La capitalisation, seule échappatoire à la crise des régimes de retraites par répartition.

Au moment où Lionel Jospin était en train de peaufiner ses orientations pour un énième replâtrage du système de retraites de retraite par répartition français, le Cato Institute et le journal The Economist organisaient un colloque sur les retraites par capitalisation. Cette réunion fut l’occasion de faire le point sur les difficultés insurmontables rencontrées par les régime de retraite par répartition, les réformes déjà mises en œuvre puis de présenter quelques projets emblématiques de transition à la capitalisation.

Le Cato Institute, l’un des deux grands think tank libéraux américains, et le journal The Economist viennent d’organiser un colloque international sur l’avenir des retraites. Celui-ci a réuni des financiers, gestionnaires régimes de retraites privés ou publics, universitaires et hommes politiques issus de 23 pays. Clin d’œil des organisateurs, la réunion s’est tenue au Roosevelt Hotel, établissement new yorkais portant le nom du président américain initiateur du concept de « Sécurité sociale » et créateur du régime de retraite par répartition américain (OASI).

Le premier mérite de ces deux journées de travail fut de faire le point sur les difficultés insurmontables rencontrées par l’ensemble des régime de retraite par répartition. Tour à tour se sont succédés à la tribune des orateurs anglo saxons (Australie, Etats-Unis, Grande Bretagne), d’Europe continentale (Allemagne, Suède), d’Amérique Latine (Chili, Mexique, Pérou), d’Anciens pays de l’Est (fédération de Russie, Pologne) ou du Sud-Est Asiatique (Chine, Corée, Japon). Tous ont montré comment le vieillissement démographique conduit inéluctablement à la faillite des régimes de retraite par répartition. Ces régimes utilisent les cotisations des actifs, dont le nombre stagne, pour financer les pensions destinées à des retraités, qui sont de plus en plus nombreux et vivent de plus en plus longtemps. Ainsi les flux de recettes ne sont pas à la hauteur des besoins de financement. En dépit des augmentations des taux de cotisations, du recul des âges de la retraite ou des diminutions des pensions, l’avenir des régimes de retraite par répartition est universellement remis en cause. Dans la mesure où la retraite n’apparaît plus comme un risque, mais comme une quasi certitude, le recours à la capitalisation est inéluctable. Cette technique est la seule à permettre de préserver, ou d’accroître, le pouvoir d’achat des actifs et des retraités. Alors que les régimes de retraite par répartition sont un jeu à somme nulle participant d’une logique de lutte des classes opposant les intérêts des « jeunes » cotisants à ceux des « vieux » retraités, la capitalisation est mutuellement profitable. En effet, par l’intermédiaire des marchés financiers, chaque actif peut accéder – moyennant des cotisations nettement inférieures à celles destinées aux retraites par répartition – à des prestations retraite sensiblement plus attractives.

Le second mérite du colloque fut de faire le point sur les expériences de transition à la capitalisation. Le docteur José Piñera a notamment présenté la réforme chilienne, en montrant comment celle-ci a directement profité aux travailleurs. Depuis 1981, ceux-ci ont la possibilité de capitaliser une partie de leurs revenus dans des plans d’épargne retraite gérés par des fonds de retraite privés. Cette formule a immédiatement rencontré un énorme succès - 94% des actifs chiliens sont passés à la capitalisation – et a suscité un boom économique sans précédent. Le taux de croissance, qui est de 3% sur le siècle, a plus que doublé et le chômage chilien a considérablement diminué. Les fonds de retraite, qui ont rapporté 11% l’an sur les 19 dernières années, ont permis aux actifs de partir plus tôt à la retraite tout en accédant à des pensions sensiblement plus importantes que celles précédemment versées par les caisses par répartition. Autre point non négligeable, la capitalisation a donné la possibilité aux personnes à faible espérance de vie de transmettre leurs épargnes à leurs enfants. Elle a ainsi permis de réduire les inégalités puisque les pauvres, qui ont souvent une espérance de vie inférieure à la moyenne, étaient particulièrement pénalisés par la répartition. Précisons que les seuls à ne pas avoir refusé la capitalisation furent les militaires (dont la caisse par répartition est aujourd’hui en faillite) et que les alternances politiques puis le retour au pouvoir des socialistes n’ont nullement remis en cause la transition à la capitalisation.

Cet exemple a eu le mérite de montrer que la transition à la capitalisation était à la fois réalisable et souhaitable. Il a été, par la suite, maintes fois imité. Sept pays d’Amérique Latine ont instauré des régimes de retraite par capitalisation (Pérou, Colombie, Argentine, Uruguay, Mexique, Bolivie et Salvador). Depuis peu des anciens pays de l’Est comme la Croatie, la Hongrie, le Kazakstan, la Pologne, la Roumanie ou la Russie envisagent, à des degrés divers, une transition à la capitalisation. A la lumière des interventions des différentes participants au colloque, il semble que la réforme polonaise soit la plus en pointe. Précisons en outre que les réformes ne sont pas l’apanage exclusif des économies de marché, puisque la République populaire de Chine envisage aujourd’hui de créer des dispositifs de retraite par capitalisation (la délégation chinoise à la conférence organisé par le Cato Institute et The Economist était d’ailleurs forte d’une trentaine d’officiels).

A contrario, l’on notera que ce colloque sur la privatisation des retraites n’avait attiré aucun représentant des pouvoirs publics et des partenaires « sociaux » français. Ces absences témoignent du parti pris idéologique des gestionnaires de l’assurance vieillesse et de l’absence de débat quant aux réformes à entreprendre pour sauver les retraites françaises.

samedi 1 janvier 2000

Les interactions entre démographie, répartition et capitalisation

Le débat français sur l’avenir des retraites fournit une excellente illustration des pesanteurs et des blocages de notre société. D'année en année, la publication de rapports publics, l’organisation de concertations ou les projets de réforme suscitent les mêmes réactions stéréotypées Les représentants des syndicats de "salariés", ainsi qu’une grande partie du personnel politique, hostiles à toute mesure qui, de près ou de loin, permettrait aux français de capitaliser plus facilement, affirment haut et fort leur attachement à la répartition. Dans le même temps, ils ne soutiennent pas les mesures censées pérenniser le fonctionnement de l'assurance vieillesse, tel l'allongement de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein. Plus surprenant, les syndicats – qui gèrent l'assurance vieillesse des travailleurs salariés – pratiquent un double jeu. Ils recrutent une grande partie de leurs adhérents dans la fonction publique et notamment chez les fonctionnaires. A l'évidence, ces derniers ne sont pas concernés par la répartition puisque leurs pensions sont à la charge du budget depuis 1853. Dans la mesure où les retenues sur les traitements des fonctionnaires en activité sont notoirement insuffisantes, l'essentiel des pensions versées aux retraités est effectivement financé par l'impôt. Soucieux de pérenniser cette pratique, et les avantages qui y sont associés, les syndicats ont bruyamment refusé la création d'une caisse de retraite des agents de la fonction publique de l'Etat en 1995. Ainsi, ceux qui gèrent la répartition du privé refusent de l'appliquer au public. Plus surprenant encore, les syndicats – qui ont mis en place des fonds de pension catégoriels dans le public – refusent leur libéralisation dans le privé au motif que cela risquerait de fragiliser la répartition. Soucieux de ne pas froisser son électorat traditionnel, le gouvernement Jospin a pris le parti de jouer la carte de l'attentisme tout en multipliant concertations et rapports publics. C'est ainsi que plus d’une demi-douzaine de rapports sur les retraites ont été publiés depuis 1997 . Or, l'impact de ces travaux, censés établir un diagnostic et présenter des pistes de réforme, est plus que mitigé. Le gouvernement, qui n'opte pas pour une ligne de conduite claire, s'est contenté de mettre en place un fonds de réserve, solution hybride cumulant les inconvénients de la capitalisation collective et de la répartition . Pourtant, les projections démographiques sont sans appel. Les régimes de retraite par répartition vont être doublement pénalisés par le vieillissement de la société française. D'une part, les charges de l'assurance vieillesse vont sensiblement augmenter à partir de 2006, lorsque les générations issues du Baby-Boom feront valoir leur droit à la retraite. D'autre part, les recettes de la répartition vont diminuer puisque le nombre de personnes en âge de cotiser va stagner, voire baisser, durant les quarante prochaines années (Graphique 1). Les ratios de dépendance vont se détériorer sensiblement : alors qu'en moyenne dix personnes d'âge actif subvenaient aux besoins de quatre retraités en 1995, dix actifs devraient théoriquement assumer la charge de sept retraités en 2040 (Tableau 1). Les régimes de retraite par répartition, qui ne font que redistribuer les cotisations prélevées sur les actifs, vont donc devoir restreindre le montant des pensions et augmenter les taux de cotisation. Depuis 1993, le mode de calcul des retraites du privé a été progressivement modifié à cette fin. Il en résultera une baisse sensible des retraites du régime général et, surtout, des prestations des régimes complémentaires (Tableau 2). Mais ces mesures restent insuffisantes puisque le rapport Charpin chiffre les besoins de financement annuels entre 700 et 800 milliards de francs en 2040. Il faudra donc accroître conjointement le taux des cotisations vieillesse. Les projections du Ministère des Affaires sociales tablent sur une augmentation des cotisations apparentes de 6 à 13 points, selon que les pensions seront réévaluées en fonction des prix ou des salaires (Tableau 3). Précisons que ces chiffrages n'intègrent pas les effets négatifs de l'augmentation des charges sociales sur l'activité. Or, un accroissement aussi important des taux de cotisation ne manquerait pas de pénaliser l'emploi, et donc de dégrader plus encore la situation des comptes sociaux. En dépit du caractère fort inquiétant de ces projections, nombre d'experts institutionnels continuent de s'interroger ouvertement sur l'utilité des réformes. Certains prétendent que la répartition ne serait pas fragilisée par le vieillissement de la société française puisqu'il serait possible de compenser la montée des dépenses d'assurance vieillesse. D'autres soulignent que tout recours à la capitalisation serait illusoire dans la mesure où cette dernière serait, elle aussi, tributaire de la démographie.

Economiser sur la jeunesse pour financer les retraites ?

A l'image de Pierre Concialdi, certains économistes considèrent que l'avenir des retraites par répartition n'est pas hypothéqué par l'évolution de la démographie. Ils prétendent que le vieillissement permettra de réaliser des économies compensant plus ou moins le surcoût lié à l'augmentation du nombre de retraités . A les entendre, la baisse de la natalité permettrait de réaliser des économies sur la jeunesse. Il serait possible de réaffecter une partie des ressources de la branche famille ou des budgets de l'Education nationale au profit des dépenses d'assurance vieillesse. En outre, la baisse de la natalité et la diminution de la population d'âge actif qui en découle induirait une baisse du chômage. Une partie des fonds consacrés à la politique de l'emploi pourrait donc être affectée au profit de l'assurance vieillesse. In fine, il serait possible de faire face au vieillissement des régimes de retraite sans modifier radicalement le taux des prélèvements obligatoires. Mais une analyse plus fine montre qu'il est illusoire de prétendre faire face aux conséquences financières du vieillissement en se livrant à un tel jeu de vases communicants. L'économie de la famille nous enseigne que, exception faite des effets de seuil, les dépenses moyennes par enfant sont inversement proportionnelles au nombre de descendants. Les économies réalisables dans le contexte actuel sont donc moins importantes que la baisse de la natalité. En outre, une politique de réduction des aides à la famille risquerait d'être contre-productive puisque, comme le montre Jacques Bichot, la survie des régimes de retraite par répartition est liée au renouvellement de leur base contributive . Si la réaffectation des moyens de la branche famille au profit de l'assurance vieillesse peut être une source d'économie à court terme, elle risque de déprimer la natalité et ainsi de fragiliser plus encore la répartition à moyen terme. Les économies sur les dépenses d'éducation sont tout aussi incertaines. L'expérience des dernières années nous montre qu'en dépit des baisses d'effectifs scolarisés, les budgets ont jusqu'à présent continué de croître. Dans la mesure où l'essentiel des dépenses d'éducation ont trait aux personnels et que ces derniers disposent d'un statut extrêmement protecteur, il paraîtrait illusoire de penser dégager rapidement des économies permettant de combler les déficits de l'assurance vieillesse dès 2006. Enfin, les économies consécutives à la baisse du chômage sont encore hypothétiques. D'une part, les bénéfices de la baisse conjoncturelle sont plus que compensés par la mise en oeuvre des 35 heures . D'autre part, il n'est pas certain que la tendance actuelle se poursuive. La création d'emploi va généralement de pair avec le dynamisme de la population active et, a contrario, le vieillissement pourrait s'accompagner de déséquilibres persistants sur le marché du travail. Aussi, les économies potentielles semblent fort aléatoires au regard de besoins financiers consécutifs à l'accroissement du nombre de retraités. L'autre ligne de défense des tenants du statu quo consiste à insister sur les prétendues similitudes entre répartition et capitalisation. Les deux modes de prévoyance retraite seraient pareillement affectées par le vieillissement, tant du point de vue des dépenses que de leur financement.

Les théories de l'équivalence entre la répartition et la capitalisation et leurs limites

D'un côté certains économistes - tels Dupont et Sterdyniak - soulignent que l'allongement de la durée des retraites suscite une hausse des dépenses, indépendamment du fait que l'on soit en répartition ou en capitalisation. De même que l'assurance vieillesse va devoir augmenter ses recettes pour subvenir aux besoins de plus de retraités à partir de 2006, les actifs qui désireraient capitaliser devraient amasser plus d'épargne puisque leur espérance de vie à la retraite augmente. D'un autre côté, les défenseurs du statu quo prétendent que le choix du système de retraite serait neutre du point de vue du financement des retraites. Pour Euzéby "quel que soit le système considéré – répartition ou capitalisation – les sommes qui sont affectées à son financement constituent, de toute façon des transferts des revenus des actifs vers les retraités" . Aussi, comme le résument Dupont et Sterdyniak "tout système de retraite procède donc de la répartition" . Il ne faut pas se laisser séduire par ces propos. S'il est vrai qu'en capitalisation le coût des rentes viagères augmenterait en fonction de l'espérance de vie à la retraite, force est néanmoins de constater que la capitalisation est sensiblement mieux immunisée que la répartition contre les conséquences du vieillissement. Le lien entre démographie et répartition est connu des économistes depuis les travaux de Paul Samuelson . Dans les années cinquante, ce futur prix Nobel notait que l'assurance vieillesse, financée par les cotisations prélevées sur les actifs, pouvait distribuer des pensions plus ou moins élevées en fonction du taux de croissance de la population active. Par analogie avec la capitalisation, l'économiste américain avait développé le concept de "rendement implicite" de la répartition. Il considérait que la répartition rapportait un "taux d'intérêt biologique" : plus la population active augmentait vite, plus la répartition était attrayante. Selon Samuelson, le choix de la capitalisation ou de la répartition pouvait être neutre si le taux de croissance de la population était égal au taux d'intérêt. Or, à l'évidence, nous sommes loin d'être dans cette situation. D'ici peu, les taux de croissance de la population active – et de la masse salariale – vont décliner. Ils pourraient devenir nuls voire négatifs, ce qui réduirait plus encore l'intérêt de la répartition . Certains experts institutionnels cherchent à masquer cette dure réalité. Observant que la masse salariale a rétrospectivement évolué comme le PIB, ils ont pris l'habitude de considérer que le "rendement implicite" de la répartition est égal au taux de croissance du PIB. Cette approximation, qui est d'autant moins justifiée que les ratios démographiques évoluent aujourd'hui négativement, sert aujourd'hui de fer de lance aux défenseurs du statu quo. Exhumant des modèles de théorie économique prédisant une convergence du taux de croissance de l'économie et du taux de rendement du capital, ils prétendent que la capitalisation sera moins attrayante dans le futur. A les entendre, son rendement devrait mécaniquement chuter pour s'aligner sur celui de la répartition. Il serait dès lors inutile de remettre en cause le tout répartition. Mais la majorité des économistes refuse de cautionner ce scénario, y compris les membres du Conseil d'analyse économique mis en place par l'actuel Premier ministre. Ces derniers considèrent que, même dans l'hypothèse où le vieillissement affecterait pareillement répartition et capitalisation, cette dernière continuerait d'être largement profitable. Selon Davanne et Pujol, un actif qui capitaliserait entre 30% et la moitié des sommes aujourd'hui prélevées au titre de la répartition disposerait à terme d'un pouvoir d'achat identique au pensionné de l'assurance vieillesse. Le taux de prélèvement implicite, c'est-à-dire le manque à gagner du cotisant en répartition, oscillerait entre 50 et 70% des prélèvements sociaux . Aussi, le recours à la capitalisation serait-il d'autant plus justifié qu'il permettrait plus facilement de faire face à l'augmentation des besoins financiers consécutive à l'augmentation de l'espérance de vie à la retraite. Non contents d'occulter le lien fondamental entre démographie et répartition, les défenseurs du statu quo s'offrent le luxe de souligner que la capitalisation n'est pas à l'abri du vieillissement. D'une part, ils prétendent que le vieillissement s'accompagnera d'un ralentissement de l'activité économique remettant en cause l'attrait de la capitalisation. D'autre part, ils agitent le spectre d'un "Papy Krach".

Les théories du vieillissement de la capitalisation et leurs limites

Si la démographie interagit avec l'économie, il convient de relativiser les propos de ceux qui prétendent que la capitalisation deviendrait inintéressante. Le vieillissement aura naturellement des conséquences économiques, même s'il est difficile de les quantifier. Il est possible que le rendement du capital diminue et que l'épargne retraite investie dans les économies vieillissantes telles que la France soit moins bien rémunérée. Mais il convient d'objecter qu'un vieillissement s'accompagnant d'une stagnation économique affecterait encore plus les régimes par répartition. En effet, ceux-ci sont tributaires d'une seule économie et d'une seule démographie. A contrario, la capitalisation offre deux avantages : elle permet d'amortir le financement des retraites, d'une part, dans le temps et, d'autre part, dans l'espace. Il est acquis que le contre-choc du "Papy Boom" s'accompagnera d'un accroissement des dépenses sociales. La recherche de la sécurité et de l'équité intergénérationnelle implique que cette réalité soit prise en compte dès à présent, en préfinançant ces dépenses. Il est en effet plus réaliste et juste d'inciter les actifs, encore nombreux, à épargner plutôt que de tabler sur un hypothétique accroissement des taux de cotisations sociales pesant sur des jeunes générations moins étoffées. Pour s'en convaincre, prenons un cas théorique extrême et supposons que les générations d'actifs ne soient plus remplacées en France suite à un arrêt complet des naissances. A terme, faute de cotisants, l'assurance vieillesse n'aurait plus de recettes et ne pourrait pas distribuer de prestations retraite à la dernière génération d'actifs, indépendamment du fait que cette génération "sacrifiée" ait préalablement cotisé en répartition. A contrario, les personnes ayant pu capitaliser auraient la certitude de disposer d'une retraite. Bien sur, le rendement d'une capitalisation franco-française serait affecté par le vieillissement qui, dans notre exemple extrême, se traduirait par la disparition de toute l'économie française lorsque les derniers actifs prendraient leur retraite. Mais cela ne poserait pas de problème insurmontable puisque la capitalisation est diversifiable géographiquement. Contrairement à la répartition – tributaire d'une seule économie et d'une seule démographie – la capitalisation repose sur des marchés financiers internationalisés. Là où la répartition cumule tous les inconvénients en phase de vieillissement, la capitalisation permet de faire fructifier l'épargne des futurs retraités dans des pays présentant de meilleures perspectives économiques et démographiques. Ainsi, elle apparaît d'autant plus intéressante dans le contexte actuel. Le spectre d'un krach boursier, agité par les défenseurs du statu-quo, est tout aussi contestable. Si les marchés financiers connaissent des a-coups conjoncturels, ils sont relativement réguliers sur la longue période. Aussi, les performances de la capitalisation sont-elles relativement stables, dès lors que l’on prend en compte l’horizon temporel du futur retraité . En dépit des discours alarmistes sur le caractère inéluctable d'un "Papy Krach", il n'y a pas de raison que cette réalité change. Si l'on en croit Euzéby, un recours à la capitalisation serait contre-productif puisque le vieillissement s'accompagnerait de ventes massives d'actifs financiers. Les retraités occidentaux réduiraient leur épargne dans un contexte où les jeunes générations – plus clairsemées – ne pourraient pas compenser intégralement le mouvement en achetant les titres mis en vente. Il s'en suivrait une baisse des cours et des taux d'intérêts, ce qui rendrait la capitalisation moins attrayante . La même idée est défendue par Dupont et Sterdyniak. Les deux économistes de l'OFCE considèrent que lorsque "les régimes de retraite par capitalisation commenceront à réduire leur accumulation d'actifs, puis à les réaliser pour servir les droits acquis, le risque est grand que cela entraîne une chute de la Bourse" . Ce raisonnement – bien relayé par le lobby de la répartition – ne tient pas compte, là encore, des possibilités d'une économie ouverte. Au delà du fait que l'on n'observe pas de corrélation simple entre taux d'épargne des ménages et le poids des retraités , il apparaît que les différents pays ne vieillissent pas au même rythme. S'il est possible qu'un mouvement de désépargne affecte certains pays vieillissants d'ici quelques décennies, il est tout à fait possible qu'il soit compensé par une croissance de l'épargne dans des pays plus jeunes ou ayant recours à la capitalisation. De nombreux Etats ont déjà mis en œuvre des dispositifs par capitalisation ou envisagent de le faire dans un futur proche. Faute de pouvoir en donner une liste exhaustive, il est par exemple possible de faire état des réalisations des pays d'Amérique Latine ou des projets chinois. Aussi, l'argumentaire des tenants de la répartition n'est pas satisfaisant d'un point de vue démographique et économique. Pour autant, il est parfaitement bien relayé en France où il contribue à justifier le statu quo et l'immobilisme des autorités. Il représente une véritable aubaine pour des pouvoirs publics inscrivant leur action dans le court terme. A l'image du gouvernement Jospin – qui s'est refusé à aligner les retraites du public sur celles du privé et vient de revaloriser ces dernières –, les gouvernants ont intérêt à s'attirer les bonnes grâces des actifs et des retraités qui conditionnent leur réélection. Ils seront enclins à reporter le poids du vieillissement sur les générations à naître qui, en tout état de cause, ne risquent pas de les sanctionner électoralement. Mais, à long terme, cette pratique risque d'être tout aussi destructrice que les agissements des gouvernants de l'entre-deux-guerres. Incapables d'assumer leurs engagements financiers, ils eurent recours à l'inflation, ruinant ainsi des générations de retraités jusqu'à ce que le gouvernement de Vichy mette en place la répartition, dès 1941 . Espérons que la classe politique sera de nos jours plus clairvoyante.

Références bibliographiques

Bichot, J. (1999) "Retraites, réinventer la répartition ?" Commentaire, n°85 printemps. Bonnet, C. & Mahieu, R. (1999) "Microsimulation techniques applied to intergenerational transfers Pensions in a dynamic framework : the case of France" INSEE, document de travail G9906 37p. Charpin, J.-M. (1999) L'avenir de nos retraites, Commissariat général du Plan. Concialdi, P. (1997) "Le débat sur les retraites : l'alibi de la démographie" Revue de l'IRES, n°23 hiver. Davanne, O. & Pujol, T. (1997) "Analyse économique de la retraite par répartition" Revue française d’économie, volume XII hiver. Dupont, G. & Sterdyniak, H. (2000) Quel avenir pour nos retraites, La Découverte. Euzeby, A. (1997) "Une solidarité indispensable" Revue internationale de sécurité sociale n°3/1997 ou Problèmes économiques n°2554, 4 février. Euzeby, A. (1999) "Retraite : les dangers de la capitalisation", CREDHESS Sociétés & Représentations, Hors-série.

Nicolas Marques, diplômé de l'E.S.C. Lyon et docteur en Sciences économiques, enseigne l’économie à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. Auteur de travaux soulignant l’intérêt d’une libéralisation de la protection sociale, il anime le site internet www.quelleretraite.com.

Redonner le contrôle de leur vie aux actifs : la privatisation des retraites en Amérique latine par José Piñera, ancien Ministre du travail

Un spectre hante le monde : celui de la faillite des systèmes publics de retraite par répartition qui ont dominé durant la plus grande partie du siècle. Enracinés dans une fausse conception du comportement humain, ils présentent le défaut fondamental de détruire le lien essentiel entre l'individu et sa récompense ou, en d'autres termes, la relation entre responsabilité personnelle et droits individuels. Chaque fois que cela se produit à grande échelle et sur une longue période, le résultat ne peut être que désastreux.

En outre, deux facteurs extérieurs aggravent ce dysfonctionnement. D'une part, la démographie globale tend vers la baisse du taux de natalité ; d'autre part, les progrès médicaux rallongent l'espérance de vie. Par conséquent, de moins en moins de travailleurs subviennent aux besoins des retraités de plus en plus nombreux. Puisque le recul de l'âge de la retraite et l'accroissement des cotisations salariales ont une limite maximale, les systèmes par répartition devront, tôt ou tard, revenir sur leurs engagements et réduire les pensions promises.

Les pouvoirs publics useront pour ce faire soit de l'inflation, à l'image de ce qui se fait dans la plupart des pays en voie de développement, soit de modifications législatives. Dans tous les cas le résultat sera le même et les retraités, tributaires de la répartition, peuvent d'ores et déjà s'inquiéter pour leurs vieux jours. Paradoxalement, l'assurance vieillesse est ainsi un facteur d'insécurité sociale.

Face à cela, le gouvernement chilien a décidé de prendre les devants dès 1980. Les retraites par répartition ont été remplacées par un système national à base de plans d'épargne retraite privés. Après 16 ans de fonctionnement, les résultats parlent d'eux-mêmes. Les retraites par capitalisation, les pensions de reversion et les allocations d'invalidité dépassent déjà de 50 à 100% les prestations distribuées par les anciennes caisses de répartition. Les ressources administrées par les fonds de pension privés représentent 42% du PIB en 1996, soit une trentaine de milliards de $US. La privatisation des retraites a permis d'améliorer sensiblement le fonctionnement des marchés financiers et du marché du travail. Le taux d'épargne chilien est monté jusqu'à 27% du PIB, tandis que le chômage chutait à 5%. Le taux de croissance de l'économie a doublé, passant de 3% à 6,5% en moyenne sur les douze dernières années. Il ne fait aucun doute que la privatisation des retraites, cumulée avec d'autres réformes structurelles de grande ampleur, explique ces évolutions positives.

Mais, plus important que ces indicateurs macroéconomiques, il importe de souligner que les individus ont recouvré la liberté de planifier leur vie. Les carences structurelles de la répartition ont été écartées et les retraites ont cessé d'être un enjeu gouvernemental. Elles reposent maintenant exclusivement sur les choix individuels et le développement des marchés.

Le succès du système de retraite privé chilien a poussé sept autres pays d'Amérique latine à emboîter le pas. Le Pérou (1993), l'Argentine et la Colombie (1994), l’Uruguay (1995), le Mexique, le Salvador et la Bolivie (1997) ont entrepris des réformes similaires. Dans ces sept pays d'Amérique, environ 25 millions de travailleurs détiennent désormais un plan d'épargne retraite privé. Aussi, l'expérience chilienne peut être instructive pour tous les pays du monde. Même aux Etats-Unis, l'on débat sérieusement sur la privatisation du régime public de retraite par répartition. Il faut souligner que l'Old Age and Survivors Insurance (OASI) – qui date de 1935 - est le plus grand programme gouvernemental au monde. Il brasse 350 milliards de $US par an, soit plus que le budget de défense américain pendant la Guerre froide. Il importe aussi de souligner que le pouvoir d'attraction de la capitalisation s'étend jusqu'aux pays de tradition socialiste. A titre d'illustration, des officiels de la République Populaire de Chine sont venus au Chili pour y étudier le nouveau système de plans d'épargne retraite (…) D'une manière générale, il est possible qu'avant l'entrée dans le nouveau millénaire, de nombreux pays, incluant ceux des Amériques, aient privatisé leur système de retraite. Cela permettrait une importante redistribution du pouvoir de l'Etat vers l'individu. Un tel accroissement de la liberté individuelle est de nature à susciter une croissance rapide de l'économie et une réduction de la pauvreté, notamment chez les personnes âgées.

Les plans d'épargne retraite chiliens

Depuis la réforme de 1980, les actifs chiliens et leurs employeurs ne versent plus aucune cotisation sociale aux pouvoirs publics. Les retraites, au lieu d'être versées par l'Etat, dépendent désormais des sommes accumulées dans les plans individuels d'épargne retraite1. Les employeurs doivent y déposer chaque mois un dixième des traitements versés à leurs salariés. L'obligation légale porte seulement sur les premiers 22.000 $US de revenus annuels. Par conséquent, le volume d'épargne retraite obligatoire diminue à mesure que les salaires augmentent avec la croissance de l'économie. Ce niveau d'épargne obligatoire a initialement été fixé moyennant l'hypothèse d'un rendement net moyen de la capitalisation de 4% pendant la vie active. L'objectif était que le retraité moyen accumule assez de capitaux pour obtenir une pension équivalente à 70% de son salaire de fin de carrière.

Les actifs ont, en outre, la possibilité d'épargner un second dixième de leur salaire qui, lui aussi, ne supportera pas d'impôt sur le revenu. Cette possibilité est particulièrement intéressante pour ceux qui souhaitent prendre une retraite anticipée ou obtenir une pension plus élevée. Chaque actif choisit le gestionnaire de son plan d'épargne retraite parmi les Administradoras de Fondos de Pensiones (AFP). Ces fonds de pensions privés ne peuvent pas s'engager dans une autre activité. Ils sont soumis à une réglementation gouvernementale destinée à prévenir le vol ou la fraude et à limiter les risques financiers grâce à une diversification des placements. Une entité gouvernementale indépendante, la Superintendence des AFP, veille au respect des normes techniques, sans pour autant ériger de barrière à l'entrée de ce marché.

Les AFP gèrent chacune un fonds de pensions. Elles décident librement des investissements en actions et en obligations et ne sont pas obligées d'investir dans des titres de dette publique gouvernementale ou dans tout autre type de placement. Les gestionnaires se contentent de respecter un minimum de règles sécuritaires. Les pouvoirs publics déterminent des plafonds pour les différents types de placements et des ratios de diversification des portefeuilles. Il est prévu que es contraintes seront progressivement assouplies lorsque les gestionnaires d'AFP développeront leur savoir-faire. D'un point de vue légal, les AFP sont des entités distinctes du fonds de pension qu'elles gèrent. Ainsi les actifs du fonds – c'est-à-dire les investissements des travailleurs – ne sont pas affectés en cas de faillite de l’AFP.

Les actifs sont libres de changer d'AFP et il y a libre entrée sur le marché. Les gestionnaires de fonds sont en compétition, cherchent à offrir le meilleur service client et taux de rendement, tout en minimisant les frais de gestion. Chaque actif dispose d'un livret nominatif et reçoit des relevés trimestriels l'informant des performances de son fonds de pension et surtout du montant accumulé sur son plan épargne retraite. La somme en question lui appartient et sera utilisée pour financer sa retraite ainsi que la pension de reversion au dernier vivant.

Comme on le supposait, les aspirations individuelles relatives à l'âge de la retraite diffèrent énormément. Certaines personnes veulent travailler toute leur vie, d'autres attendent impatiemment leur retraite pour se livrer à leur passe-temps favoris, tels que l'écriture ou la pêche. L'ancien système de retraite par répartition ne permettait pas de prendre en compte cette diversité. Seule la pression collective et les calculs politiciens entraient en ligne de compte, ce qui avait par exemple conduit à abaisser l'âge de la retraite sans pour autant que cette mesure soit financée. La répartition imposait un moule unique là où la capitalisation respecte la diversité des préférences. Ces préférences seront traduites en choix individuels, permettant à tout un chacun de réaliser ses aspirations. Concrètement, des postes informatiques en libre accès sont présents dans les succursales de nombreuses AFP. Les actifs peuvent les utiliser pour calculer la valeur probable de leur pension en fonction de la fraction du salaire épargné et de l'année à laquelle ils comptent prendre leur retraite. L'épargnant peut aussi indiquer le montant de la retraite qu'il espère recevoir à partir d'une date précise et l'ordinateur lui calculera le montant des versements mensuels à opérer. Il suffira au salarié de demander à son employeur de modifier en conséquence les retenues sur son salaire. Bien sur, il est possible d'ajuster ces retenues en fonction des performances du fonds de pension choisi. Contrairement à la répartition – nécessairement uniforme – la capitalisation offre l'immense avantage d'offrir une solution sur mesure au futur retraité.

Comme mentionné préalablement, les contributions du travailleur sont déductibles de son impôt sur le revenu. Le plan d'épargne retraite, dont les produits sont exonérés, ne supporte aucun frottement fiscal. Les capitaux ne seront assujettis à l'impôt sur le revenu qu'à partir de la retraite, au gré des retraits et de la fiscalité en vigueur.

Ce système de capitalisation concerne à la fois les employés du secteur privé et ceux du secteur public. Tous les salariés doivent posséder un plan d'épargne retraite et les travailleurs indépendants peuvent en ouvrir un s'ils le désirent, ce qui incite les travailleurs au noir à rejoindre l'économie officielle. Seuls sont dispensés les membres de la police et des forces armées dont les pensions sont, comme dans d'autres pays, à cotisations et prestations définies. A mon avis – qui n'est pas encore le leur -, ils feraient mieux de quitter la répartition et d'opter pour des plans d'épargne retraite.

Les pouvoirs publics aident les retraités ayant cotisé vingt ans, ou plus, lorsque leur plan d'épargne retraite ne permet pas de disposer d'une pension supérieure ou égale au minimum vieillesse. Ces retraités recevront le minimum légal dès lors que leur plan d'épargne retraite sera épuisé. Il faut souligner que cette solution permet d'éviter que certains ne soient a priori considérés comme "pauvres". C'est seulement a posteriori, lorsque l'épargne individuelle est épuisée, que le retraité reçoit une pension publique. Les retraités n'ayant pas 20 années de cotisation peuvent quant à eux demander une aide aux autorités, mais son montant sera sensiblement moins élevé.

Les plans d'épargne retraite intègrent aussi une assurance décès et incapacité. Les AFP souscrivent des contrats idoines auprès d'assureurs privés et les refacturent aux épargnants qui supportent une contribution supplémentaire d'environ 2,9% des salaires, commission comprise.

A l'image de ce qui se faisait dans l'ancien système par répartition, l'âge de la retraite a été maintenu à 65 ans pour les hommes et à 60 ans pour les femmes. Il était inutile d'ouvrir un débat sur cette question, car ce seuil est artificiel dans la mesure où la notion de retraite évolue lorsque l'on passe de la répartition à la capitalisation. Dans le nouveau système chilien, une personne a droit à une retraite anticipée dès lors que son plan d'épargne lui permet d'acquérir une "pension acceptable" (50% du salaire moyen des 10 dernières années dès lors que cette somme dépasse le minimum vieillesse). Dans ce cas, elle n'aura pas droit au minimum vieillesse tant qu'elle n'aura pas atteint 65 ou 60 ans. Par ailleurs, les actifs peuvent continuer à travailler après leur retraite. Ils cumuleront leur pension et les revenus de leur travail, sans être astreints à une épargne obligatoire du dixième du salaire. Ainsi, la retraite correspond au moment où l'actif cesse d'alimenter son plan d'épargne retraite et commence à le vider, mais ne coïncide plus nécessairement avec le retrait du marché du travail. En aucun cas, il n'y a obligation d'arrêter une activité, quel que soit l'âge, ni obligation de continuer à travailler et épargner en vue de la retraite dès lors que l'on s'est constitué une pension confortable.

La personne qui prend sa retraite a le choix entre deux modes de sortie. Elle peut utiliser le capital de son plan d'épargne pour acheter une annuité auprès de n'importe quelle entreprise privée d'assurance vie. La rente viagère acquise garantira un revenu mensuel indexé sur l'inflation (le marché financier chilien propose des obligations indexées permettant aux assureurs de se prémunir contre ce risque) ainsi qu'une pension de reversion aux ayants droit. De façon alternative, le retraité peut laisser ses fonds dans son plan d'épargne et opter pour des sorties en capital programmées. Dans ce cas, il est autorisé à effectuer des retraits plafonnés en fonction de son espérance de vie et de celle de ses ayants droit. L'avantage de cette solution est, qu'en cas de décès, les capitaux restant sur le plan d'épargne retraite reviendront aux héritiers. Indépendamment du fait qu'il ait opté pour l'annuité ou les retraits programmés, le retraité pourra retirer d'un coup tous les capitaux excédentaires dès lors qu'il se sera préalablement assuré d'un pouvoir d'achat équivalent à 70% du dernier salaire.

Cette capitalisation évite les dysfonctionnements des systèmes de retraite par répartition et respecte la démographie. Dans une population vieillissante, le nombre d'actifs par retraité baisse. Mais, grâce à la capitalisation, les retraites sont provisionnées et la population active n'est pas mise à contribution. A l'opposé des situations critiques observées dans de très nombreux pays, il n'y a plus de place pour un conflit intergénérationnel et les risques de défaillance du système de retraite sont évités.

Il importe de préciser que les plans d'épargne retraite chiliens se distinguent des fonds de pension d'entreprise. D'une part, ces derniers imposent des pénalités aux salariés démissionnant avant la fin de leur carrière. D'autre part, les fonds d'entreprise posent un problème de sécurité. En cas de défaillance de l'employeur, le salarié risque de perdre à la fois son emploi et son droit à retraite. Par contraste, les plans d'épargne retraite sont indépendants des employeurs. Propriété du salarié, ils sont investis en valeurs négociables, ce qui permet d'évaluer leur valeur au jour. Les plans d'épargne, facilement transportables d'une AFP à une autre, ne verrouillent pas les actifs chez un employeur. En n'entravant pas la mobilité nationale ou internationale, ils contribuent à fluidifier le fonctionnement du marché du travail, sans pénaliser ou favoriser l'immigration. La capitalisation contribue aussi à assouplir le fonctionnement du marché du travail dans la mesure où de plus en plus de personnes, notamment les femmes et les jeunes, peuvent travailler à mi-temps ou interrompre leur activité. Dans un système de retraite par répartition, ces carrières atypiques et incomplètes suscitent des problèmes de reconnaissance des droits. Ce n'est plus le cas avec les plans d'épargne retraite, puisque l'arrêt et la reprise des cotisations ne posent aucun problème de calcul des droits.

La transition

Un des défis pour les autorités est de définir le système permanent de retraite par capitalisation. L'autre est, pour les pays qui ont un système de retraite par répartition, de réussir le passage à la capitalisation. Cette transition doit prendre en compte les caractéristiques particulières de chaque pays et, tout particulièrement, les contraintes budgétaires. Au Chili, nous avions établi trois règles de base :

1. Le gouvernement s'engage à ce que les retraités ne soient pas affectés par la réforme et garantit le montant de leur pension. Cet engagement est important dans la mesure où les recettes de cotisations de Sécurité sociale vont sensiblement baisser avec le passage des actifs à la capitalisation. Les régimes par répartition seront donc encore moins à même de payer les retraités avec leurs seules ressources traditionnelles. Mais dans tous les cas, il serait injuste de modifier les pensions des retraités ou de décevoir les anticipations des personnes proches de la retraite.

2. Tous les actifs cotisant déjà au système de retraite par répartition avaient le choix de continuer à le faire ou d'opter pour la capitalisation. Ceux décidant de quitter l'ancien système se sont vu décerner un "bon de reconnaissance" des droits qu'ils avaient préalablement acquis en répartition. Indexé et rémunéré à 4%, ce bon a été déposé dans leur tout nouveau plan d'épargne retraite. Le gouvernement s'est engagé à le rembourser dès lors que son propriétaire atteint l'âge légal de la retraite. Ce bon est aussi négociable sur un marché secondaire, ce qui permet de le vendre prématurément pour financer une retraite anticipée. De cette manière, les actifs qui cotisent en répartition depuis des années ne sont pas pénalisés lorsqu'ils décident de passer en capitalisation.

3. Tous les nouveaux arrivants sur le marché du travail ont été obligés d'ouvrir un plan d'épargne retraite et de capitaliser. Plus personne ne rejoint le système de retraite par répartition qui, indépendamment de cette réforme, n'était pas viable à moyen terme. Les caisses par répartition n'auront plus aucune ressource propre lorsque leur dernier cotisant atteindra l'âge de la retraite. S'ouvrira alors une phase transitoire finale, durant laquelle les pouvoirs publics assumeront seuls le versement des prestations. Le meilleur moyen de réduire l'emprise de l'Etat dans la vie de tous les jours est de planifier dès à présent l'extinction des programmes publics, ce qui empêchera qu'un gouvernement d'alternance ne les ressuscite.

Après plusieurs mois de pédagogie et de débat national autour de ce programme réformateur, la loi sur la réforme de la retraite a été ratifiée le 4 novembre 1980. Afin de mettre sur un pied d'égalité tous ceux qui désiraient créer une AFP, ce texte a établi un moratoire de 6 mois. Durant cette période, aucun intervenant n'a pu commencer ses opérations ou même faire de publicité. La retraite par capitalisation, conçue en novembre 1980, est devenue une réalité à partir du 1er mai 1981. Cette date symbolique, qui coïncide avec la fête du Travail, n'a pas été choisie au hasard. Loin d'honorer une conception passéiste de la lutte des classes, il s'agissait de célébrer le jour où les actifs, émancipés d'une répartition ruineuse, recouvraient leur liberté de choix.

L'instauration de la capitalisation a donné lieu à une redéfinition des salaires bruts de façon à intégrer la plus grande partie des cotisations retraites anciennement patronales. L'effort d'épargne salariale a été calculé sur ce brut réévalué. Dans la mesure où les prélèvements représentaient désormais moins de 13% des salaires, les salaires nets de ceux qui sont passés à la capitalisation ont augmenté approximativement de 5%.

Même si une partie des anciennes cotisations patronales ont été converties en taxe transitoire sur le travail2, cette réforme a permis de rapprocher le salaire brut du coût total employeur. Ce faisant, la transition a brisé le miroir aux alouettes d'une sécurité sociale financée conjointement par l'employeur et son salarié. D'un point de vue économique, force est de constater que les actifs supportent la quasi totalité des prélèvements – "patronaux" ou "salariés" – dès lors que l'offre globale de travail est inélastique. Le coût du travail ne peut excéder sa productivité marginale et les salaires nets sont d'autant plus faibles que les charges sociales sont importantes. Les employeurs intègrent ces réalité lors de leurs choix d'embauche ou du calcul des rémunérations. En révélant la vraie nature des prétendues cotisations "patronales", la réforme a mis fin aux manipulations politiciennes des taux de cotisation qui induisaient en erreur les salariés. Ces derniers savent désormais que leur salaire net est fixé par le jeu des forces du marché et qu'ils supportent tout le coût de la protection sociale.

Le financement de la transition est une question hautement technique qui doit être abordée en fonction des contraintes de chaque pays. Dans le cas du Chili, la dette implicite du système de retraite représentait 80% du PIB en 1980, à l'issue d'une première réforme de la répartition3.

Le gouvernement chilien a utilisé 5 instruments pour assumer la charge transitionnelle inhérente au passage à la capitalisation :

1. L'actif et le passif du bilan étatique ont tout d'abord été équilibrés grâce à la privatisation d'entreprises et de biens publics. La charge des retraites a été partiellement contrebalancée par ces dénationalisations qui, pour autant, n'avaient pas exclusivement un but financier. Il s'agissait aussi d'accorder une plus grande place à la propriété privée, de dépolitiser l'économie et d'améliorer son fonctionnement.

2. Comme la capitalisation permet d'obtenir des retraites conséquentes en épargnant seulement une fraction des cotisations préalablement prélevées par les retraite par répartition, il a été possible de mettre en place une taxe transitoire ne réduisant pas les salaires nets et n'augmentant pas le coût du travail.

3. Les autorités ont créé de la dette publique permettant de partager le coût de la transition entre les générations futures. Des obligations publiques, émises au taux du marché, ont permis d'assumer environ 40% du besoin de financement. La majeure partie de ces titres a été achetée par les AFP, dont les fonds sont partiellement investis en titres publics. Cette dette publique sera totalement remboursée lorsque le système par répartition n'aura plus aucun pensionné.

4. La transition a été un puissant stimulant en faveur de la réduction des gaspillages publics. Depuis des années, le Ministre des finances met en avant la nécessité de financer la réforme des retraites pour traquer les programmes gouvernementaux inutiles et éviter de nouvelles dépenses injustifiées.

5. Le passage à la capitalisation a dopé la croissance économique et suscité un accroissement substantiel des rentrées fiscales, notamment en matière de TVA. A peine 16 ans après la réforme des retraites, le Chili dégageait des excédents budgétaires.

Comme le précise une étude de la Banque Mondiale, cet "exemple chilien montre qu'une économie peut assumer des déficits transitionnels considérables. Il n'y a pas d'importantes répercussions sur les taux dès lors que le pays concerné présente un degré de stabilité macroéconomique acceptable et est doté d'un système bancaire et d'un marché financier fonctionnant correctement"4.

Les résultats

Les plans d'épargne retraite ont déjà accumulé 30 milliards de $US, soit un niveau d'épargne intérieure sensiblement inhabituel pour un pays en voie de développement de 14 millions d'habitants et d'un PIB de 70 milliards de $US.

Ce capital, investi à long terme, a non seulement aidé à consolider la croissance économique, mais a aussi favorisé le développement du marché et d'institutions financières efficientes. La création des plans d'épargne retraite puis la privatisation des grandes compagnies publiques ont mis en place un "cercle vertueux." Les entreprises dénationalisées ont accru leur productivité dans des proportions colossales et les actifs en ont directement profité. L'accroissement des cours boursiers des privatisées a dopé la valeur des plans d'épargne retraite. Ainsi, la réforme des retraites a permis de redistribuer aux actifs une grande partie de la richesse créée par le processus de privatisation.

Il y a environ 15 AFP en charge de la gestion des plans d’épargne retraite. Certaines appartiennent aux conglomérats bancaires ou assurantiels. D'autres sont indépendantes, liéés aux syndicats de salariés ou à des associations professionnelles. Certaines sont liées à des compagnies financières internationales comme AIG, Aetna ou Banco Santander. Plusieurs AFP de grande taille sont cotées à la bourse chilienne, l'une d'entre elles a même profité de la récente classification des titres de la dette publique chiliens en "A-" pour se faire introduire à Wall Street.

Un des effets majeurs de la réforme des retraites a été l'accroissement de la productivité du capital et du taux de croissance de l'économie chilienne. Le système de retraite par capitalisation a rendu le marché du capital plus efficace et influé positivement sur la croissance sur les 16 dernières années. Le développement des AFP, intervenants de grande taille, a permis le perfectionnement des instruments financiers préexistants et suscité l'émergence de nouveaux outils. La réforme des retraites a aussi contribué à l'assainissement des marchés de capitaux et à l'instauration d'une transparence accrue. Une activité domestique de rating s'est développée, de même que le Corporate gouvernance. On observe notamment que les AFP nomment des "Directeurs externes" dans les entreprises dont elles possèdent des titres.

Depuis le 1er mai 1981, date du lancement de la capitalisation, le retour moyen sur investissement a été de 12% par an, soit le triple de ce qui était initialement prévu. Bien sûr, le rendement annuel a connu les fluctuations caractéristiques des marchés libres. Il a évolué entre moins de 3% et plus de 30%, mais l'important reste l'excellent rendement à moyen et à long terme. Les pensions en capitalisation sont beaucoup plus élevées que celles préalablement obtenues en répartition moyennant une taxe sur les salaires d'environ 25%. Conformément à une étude de Sergio Baeza, les retraités ayant capitalisé ont, en moyenne, des pensions égales à 78% du salaire annuel moyen des dix dernières années de travail5. Comme mentionné préalablement, ces retraités peuvent utiliser à leur guise leur "excédent d'épargne", c'est-à-dire tout leur capital qui leur reste dès lors qu'ils ont acquis une rente ou planifié des retraits leur assurant un pouvoir d'achat équivalent à 70% du dernier salaire. Lorsqu'on réintègre ces sommes, le taux de remplacement approche 84% du revenu d'activité. Les bénéficiaires d’une pension d'invalidité reçoivent, quant à eux, 70% de leurs revenus en moyenne.

Avec de telles performances, la capitalisation a contribué à réduire la pauvreté. D'une part, elle a permis d'accroître les pensions vieillesse, de reversion ou d'invalidité. D'autre part, elle a eu un effet indirect bénéfique en favorisant la croissance économique et l'emploi. Le nouveau système a aussi permis d'éliminer les injustices associées à la capitalisation. Nombreux sont ceux qui croient que les dispositifs publics par répartition redistribuent les revenus des riches vers les pauvres. En réalité, des travaux récents intégrant les caractéristiques des actifs et du marché politique montrent que la répartition favorise les riches et les groupes d'actifs les plus influents6.

Conclusion

Les plans d'épargne retraite chiliens sont naturellement devenus extrêmement populaires et ont aidé à promouvoir la stabilité sociale et économique. Les actifs apprécient leur caractère juste et transparent. Ils sont heureux de détenir des plans d'épargne retraite en prise directe avec les performances réelles de l'économie et de contribuer à enrichir leur pays.

Les chiliens ont massivement plébiscité la capitalisation. Lorsqu'elle a été mise en place en 1981, les actifs en poste ont pu opter pour ce nouveau système ou continuer à cotiser en répartition. Alors qu'on s'attendait à ce que 50.000 d'entre eux choisissent la capitalisation, ils furent 500.000 à capitaliser dès le premier mois (soit un quart de la population active). Aujourd'hui, plus de 90% des actifs ayant cotisé en répartition ont opté pour la capitalisation. Dès 1995, 5 millions de chiliens possédaient un plan d'épargne retraite. Si ceux n'ayant pas un emploi à temps plein ou n'appartenant pas à la population active n'opèrent pas de versement tous les mois, force est de constater que la grande majorité a préféré le marché au "monstre sacré" que représentait la Sécurité sociale.

Autre fait marquant associé à cette transition, le poids des hommes politiques diminue. Ils ne décident plus du montant des retraites et ne peuvent plus favoriser des groupes particuliers. Contrairement à ce que l'on observait dans le passé, les retraites ne sont plus l'objet de rivalités politiciennes et de comportements clientélistes. Elles dépendent désormais de l'effort individuel d'épargne et des performances collectives de l'économie. Propriétaires de leur plan d'épargne retraite, les chiliens sont maintenant maîtres de leur avenir. La capitalisation représente la principale source de revenus des retraités. Aujourd'hui, l'essentiel de la fortune du travailleur chilien moyen n'est ni sa voiture, ni sa petite maison - probablement encore hypothéquée -, mais le capital de son plan d'épargne retraite.

Le système de retraite privée a eu une conséquence politique et culturelle très importante. Une écrasante majorité d’actifs chiliens a rejoint l'économie capitaliste plus rapidement que les Allemands de l'Est après la chute du mur de Berlin. Ils ont librement choisi d'abandonner le système public, en dépit des discours alarmistes des dirigeants syndicaux et de l'ancienne classe politique. Ces actifs – extrêmement attentifs aux sujets touchant leur vie de près, tels que les retraites, l'éducation, la santé – ont fait prévaloir leurs intérêts familiaux sur les traditionnels clivages politiques.

En fait, le nouveau système de retraite donne aux Chiliens une emprise sur l'économie. Le travailleur chilien d'aujourd'hui s'intéresse au comportement de la bourse et à l'évolution des taux d'intérêt. Il sait désormais qu'une mauvaise gestion publique peut réduire la valeur de ses droits à la retraite. Quand les actifs ressentent qu'ils possèdent directement une part du pays, sans passer par l'entremise du Parti ou du planificateur, ils sont nettement plus attachés aux libertés individuelles et au libre échange.

Au terme de cette brève présentation d'un rêve devenu réalité, le principal enseignement est que les seules révolutions qui réussissent sont celles qui puisent leur force dans l'individu et dans les merveilles qu'il peut réaliser, lorsqu'il est libre.

Bibliographie Baeza, S. (1995) Quince Años Después : Una Mirada al Sistema Privado de Pensiones, Santiago: Centro de Estudios Públicos.

Piñera, J. (1991) El Cascabel al Gato, Santiago: Editorial Zig Zag.

Piñera, J. (1995) Sin Miedo al Futuro, Madrid: Editorial Noesis.

World Bank (1994) Averting the Old Age Crisis, New York: Oxford University Press.


  • Traduction de "Empowering Workers : The Privatization Of Social Security in Chile" Cato Journal, volume 15, n°2.

° José Piñera préside l'International Center for Pension Reform. Ministre du Travail et de la Sécurité sociale de 1978 à 1980, il a été le responsable de la privatisation de l'assurance vieillesse chilienne.

1 Pension Saving Account (PSA)

2 Cette taxe, supportée par les employeurs, a aidé à financer la transition puis a été éliminée progressivement, réduisant ainsi le coût du travail.

3 En 1978, le mode d'indexation des pensions avait été révisé, des régimes spéciaux avaient été mis en extinction et l'âge de la retraite avait été reculé.

4 World Bank (1994) Averting the Old Age Crisis, New York: Oxford University Press.

5 Baeza, S. (1995) Quince Años Después : Una Mirada al Sistema Privado de Pensiones, Santiago: Centro de Estudios Públicos.

6 Baeza-1995, World Bank-1994.

La réforme des retraites, par Gary Becker, prix Nobel d'économie 1992

Un Problème international

Les problèmes de la retraite par répartition, en France comme aux Etats-Unis, sont communs à tous les pays. Nous allons débattre des alternatives à ce système, des avantages, ainsi que des difficultés que nous devons prendre en compte pour assurer la transition entre un système par répartition et un système de responsabilité individuelle.

C'est la transition qui est préoccupante. Ce serait plus facile si nous avions tous commencé dans des systèmes d'épargne privés. Malheureusement le monde occidental a commencé par la répartition avec Bismarck. Ce système existe depuis 100 ans dans quelques pays d'Europe, depuis 60 ans aux Etats-unis. Le problème est difficile à résoudre. Il y a un aspect politique, et un aspect économique pour effectuer cette transition.

Certains pays d'Asie ont beaucoup de chance, ils n'ont pas de système de retraite à part le plus ancien : la famille. Le système le plus ancien, le plus efficace historiquement est lorsque les enfants s'occupent des parents devenus plus âgés. C'est le cas en Asie et dans de nombreux pays, mais maintenant l'Asie voudrait introduire un système de retraite officiel. Je viens de recevoir une invitation pour une conférence qui doit se tenir en Chine en juin, pour -étudier le système à adopter.

L'Amérique du Sud, les pays tels que le Chili, copiés par l'Argentine et d'autres, ont commencé par la répartition et ils ont fait leur transition, vers un système d'épargne individuelle. C'est l'un des rares domaines de réforme économique où l'Amérique latine a été à l'avant-garde.

Nous sommes en train d'en discuter aux États-Unis, en Europe et ailleurs. Le problème de base est celui des retraités, aggravé par le fait que les taux de natalité vont décroître beaucoup plus en Europe qu'aux États-Unis, beaucoup plus en France qu'aux États-Unis, plus encore en Espagne et au Portugal. Ils sont bas aussi dans les pays asiatiques.

Aux États-Unis, nous avons un taux de natalité qui est assez haut par rapport aux Européens, et les gens vivent plus longtemps. Nous allons être plus longtemps en bonne santé et être également des membres productifs de la société. Le problème à court terme est que le système par répartition doit prélever encore plus de cotisations pour payer les retraités, pendant plus longtemps. Un changement doit donc se faire.

On constate la rapidité de ce changement aux États-Unis. Vous devez savoir que j'étais conseiller du sénateur Dole lors de la dernière campagne de 1996, il nous a dit que la réforme des retraites n'était plus un tabou et j'espère que les politiciens ont appris la leçon. La bataille sera très dure mais elle surviendra car les faiblesses du système actuel sont énormes et ne font que croître.

En général une réforme se produit lorsque les difficultés de la politique gouvernementale sont telles que les lobby, les politiciens qui supportent le système, ne peuvent avoir suffisamment de soutien pour continuer cette politique. C'est la raison pour laquelle nous pouvons espérer que nous allons voir ces réformes se produire.

Un système par répartition est politiquement mauvais

Quel est le problème intrinsèque de la répartition ?

Je ne pense pas que le système lui-même soit en défaut comme on le dit très souvent, mais le problème de base est que c'est un système politiquement mauvais. La répartition ne donne pas de bases fondamentales pour la détermination du montant des retraites, ni pour déterminer à quel âge on peut la prendre.

Ainsi dans tous les systèmes par répartition que je connais, quelle que soit la région du monde, que ce soit l'Amérique latine, l'Amérique du Nord, l'Europe ou les pays asiatiques, alors que la natalité baisse, que la fraction de la population âgée augmente, que d'autres changements se produisent, la répartition continue et la générosité de ce système continue de croître ! L'âge auquel on peut en tirer bénéfice a été réduit, l'importance de ces bénéfices augmente, les cotisations augmentent.

Toutes ces décisions ne sont pas liées au système par répartition. C'est la politique qui détermine ce qui se passe dans la répartition et c'est là un vice fondamental du système. C'est la raison essentielle pour laquelle à travers le monde il y a actuellement de tels problèmes économiques.

Si vous regardez l'activité de tous, les personnes âgées sont beaucoup plus actives politiquement parlant que les autres. Tout d'abord parce qu'elles ont plus de temps, et sont souvent très efficaces. Je connais les autorités aux Etats-Unis, j'ai écrit quelques articles sur les systèmes privés, et les retraités, pour la plupart, commencent à parler de diminuer les bénéfices.

Il sera extrêmement difficile en Europe de convaincre les politiciens de la nécessité d'une réforme radicale du système. L'avantage principal d'un système individuel est, qu'avec ce système, les individus, les familles, épargnent, et lorsqu'ils atteignent un certain âge, ils peuvent retrouver une somme qu'ils peu vent dépenser comme ils veulent, ou qu'ils peuvent convertir en rente. Voilà ce que veut dire un système de comptes individuels.

L'avantage politique d'un tel système est de fournir une base claire pour les retraites, cette base dépendant du montant et de la durée des cotisations. La composition du portefeuille est moins importante, chacun peut choisir, c'est l'avantage d'un système privé. Avec les versements et les intérêts cumulés, à la fin de leur vie active, à 60, 65 ans, ou quel que soit l'âge, les individus disposent d'un certain capital. Ceux qui auront travaillé 40, 50 ans et qui auront payé des cotisations importantes, seront plus riches ayant accumulé un capital déterminant la retraite.

C'est très important puisque nous avons là un système bien défini, une compréhension explicite de la valeur des retraites. A l'inverse avec la répartition il n'y a pas de base claire et nette pour déterminer le montant des retraites et les politiciens peuvent toujours intervenir. Il n'y a pas de protection contre la corruption politique. Dans un système privé il y a une certaine immunité contre une manipulation politique. L'interventionnisme se heurtera à une notion très clairement définie des retraites. Le désavantage fondamental d'un système par répartition est qu'il crée une variété d'autres difficultés.

Un système par répartition est économiquement mauvais.

Quittons maintenant la politique pour voir les aspects économiques.

Quels sont les coûts d'un système par répartition ? J'ai mentionné tout à l'heure que la répartition était en difficulté financière en raison de l'espérance de vie accrue et d'un taux de natalité diminué. Ce sont les facteurs déterminants qui amèneront à des problèmes économiques. Les retraites seront plus importantes lorsque le système sera privé, les bénéfices et les indemnités seront la propriété des individus. Aujourd'hui on parle des retraites comme de bénéfices sociaux, on vous donne des annuités à 65 ans, on vous dit que ces annuités ne vous seront versées que lorsque vous arrêterez de travailler. C'est un concept de retraite totalement différent.

Un système privé fonctionnant parfaitement donne des bénéfices après un certain temps, indépendant de l'âge de la retraite. Les raisons qui font qu'elles dépendent, dans la plupart des pays du monde, de la politique, surtout aux États-Unis et en Amérique latine avant la réforme, conduisent à une retraite à 60 ans et de plus en plus à 55 ans. Ce retrait de la main-d'oeuvre arrive parallèlement à une santé mentale et physique accrues, à une amélioration sans précédent de la longévité. Les améliorations des 40 dernières années sont énormes, si énormes que les personnes qui arrivent à 60 ans deviennent de grands spécialistes, et prétendent qu'il n'y, a pas de limite naturelle de vie saine. Je ne sais pas si c'est vrai, je pense que l'évolution génétique a certaines limites naturelles, mais ces limites sont repoussées de plus en plus, de 20 à 30 ans.

Les personnes âgées sont en meilleure santé aussi bien physique que mentale, ce qui entraîne un changement important. L'économie change, s'éloignant des activités physiques. Aujourd'hui les activités ne sont plus des activités physiques mais intellectuelles, de capital humain. Les compétences sont différentes et tout le monde excelle à tous les niveaux. Lorsqu'on peut travailler et qu'on ne nous oblige pas à nous retirer, notre productivité est grande. L'économie bouge, passant d'une société industrialisée à une société beaucoup plus intellectualisée et il faut encourager ce type d'emploi. Nos systèmes par répartition changent les règles continuellement et poussent de plus en plus les gens à quitter leur activité à la force de l'âge.

L'Europe a toujours été un leader et je vais vous donner quelques exemples. La France n'est pas au mieux mais ce n'est pas le pire. Les pires sont la Belgique et l'Italie. En Belgique les 2/3 des individus de 55 à 65 ans ne travaillent pas, en Italie les 3/4, en France 60 % des personnes de plus de 60 ans. Même chose en Hollande, un peu moins au Royaume-Uni et un peu moins en Allemagne. Les gens devenant plus âgés, veulent partir en retraite, mais sur quels critères ?

Regardons les pays qui ont des niveaux de revenus, une richesse et une culture comparables et une politique différente. L'exemple le plus proche est les États-Unis et le Canada où ces taux sont beaucoup plus bas. Ce n'est pas pour des raisons de santé, les Européens ne sont pas en plus mauvaise santé que les Américains, ils sont même en meilleure santé. Au Japon, autre pays de culture différente, seulement 20 % des Japonais entre 55 et 65 ans ne travaillent pas !

Essayons de voir ce qui pousse à des retraites anticipées. A quel âge peut-on prendre sa retraite, et à quel âge la prend-t-on ? En France par exemple, c'est 60 ans. Je pense que les économistes français ont certainement plus de données que moi, mais en 1972 l'âge de la retraite était de 65 ans, il n'y avait pas de retraite anticipée et en 1983, 60 ans est devenu l'âge moyen auquel on peut avoir une très bonne retraite. Les Français en ont profité. L'autre facteur est : à quel âge pouvons-nous prendre notre retraite, c'est-à-dire optimiser les allocations ? Dans tous les pays cet âge a diminué de plus en plus. La France est quelque part au milieu. Ceci est induit par la politique des autorités.

On peut établir un contraste avec le système d'épargne individuelle. Il n'y a pas de raison pour que lorsqu'on ne travaille pas, on reçoive une rente. On peut avoir une rente à 65 ans et continuer à travailler. Ce sont des décisions tout à fait indépendantes, l'une ne dépend pas de l'autre, et ne dépend pas en tout cas de l'âge de la retraite. Le système d'épargne individuelle va séparer l'âge auquel on touche une rente de l'âge de la retraite. On peut choisir l'âge auquel on veut prendre sa retraite, on doit avoir le choix, par exemple si notre santé n'est pas très bonne.

L'une des conséquences de tout ceci sera que les couches de population plus âgées, seront peut-être obligées de continuer à travailler pour avoir un revenu, pour garder leur travail ou parce qu'ils l'aiment bien. Ils pourraient contribuer au revenu national avec une cotisation pour financer la transition, et la productivité serait augmentée.

C'est une perte majeure pour l'économie dans un marché du travail qui fonctionne bien. La France malheureusement n'est pas dans cette catégorie. La France a un marché du travail qui n'est pas très bon, la libéralisation du marché doit se faire. Je regrette d'être aussi radical mais les gens ont le droit de travailler, s'ils veulent travailler, et là il y aura une contribution de taille. On ne doit pas sous-estimer les contributions potentielles, nous parlons des âges de 55, 65 ans.

L'aspect psychologique est également très important. Un des aspects le plus néfaste de la répartition est les cotisations élevées prélevées. Ces cotisations sont de 20 % en France, dans quelques pays européens les chiffres sont encore plus élevés, 15 % aux États-Unis mais comme Ed Crane l'a dit, si nous continuons de cette façon ce chiffre va s'élever dans les décennies à venir. Ce chiffre est dû au fait qu'il n'y a pas de relation entre la répartition et ce que l'on reçoit lorsqu'on part à la retraite.

On ne peut pas l'appeler une cotisation de retraite, il faut l'appeler un impôt prélevé pour financer les retraites. C'est un impôt assez important et c'est une des raisons pour lesquelles l'Europe a un tel problème, pour créer des emplois. Parallèlement il y a eu une croissance énorme aux Etats-Unis. Cela n'a rien à voir avec les temps modernes ou la technologie moderne, tout ceci a trait à la façon dont le marché fonctionne en Europe. Avec une cotisation de 40 ou 50 % imposée aux entreprises, l'Europe n'a pas d'avenir, à moins de faire des réformes immédiatement.

En répartition la cotisation est un impôt sur le revenu. Dans un système d'épargne individuelle, la retraite n'est pas un impôt mais une épargne, cela ne décourage pas les travailleurs, cela n'encourage pas les marchés parallèles parce que si vous passez au marché parallèle à ce moment là vous perdez les bénéfices.

Les avantages du système individuel privé

Il y a beaucoup d'avantages à passer dans un système individuel privé, mais le problème auquel il faut faire face est celui des engagements envers ceux qui sont à la retraite ou vont la prendre dans les 10 à 15 ans à venir. Comment avoir un système d'épargne individuelle privée, et en même temps faire face à ces obligations. Voilà le problème de transition.

La façon de faire face à ce problème est de s'attaquer à plusieurs composantes. Tout d'abord suivre l'exemple du Chili, en émettant des bons pour expliquer ce que signifie la dette flottante, importante en Grande-Bretagne et en France. Il faut dire qu'elle existe et qu'il faut la réduire. En France ce sont des obligations, aux États-Unis ce sont des bons du Trésor. Il faut s'engager de manière explicite, utiliser les instruments existants pour financer cette transition, et la rendre plus facile.

Une partie des cotisations versées pourrait être des cotisations réelles, non un impôt, et se transformer en épargne. Nous pourrions ainsi réduire les cotisations de la population active jeune, changer les impôts existants. Il ne faut pas dire que c'est une cotisation retraite, et ce n'est pas une raison pour que le financement vienne seulement des cotisations.

Les économistes partent du principe qu'un impôt sur la consommation est un meilleur impôt que l'impôt sur les salaires, et je soutiens ce point de vue. J'ai déjà participé à diverses conférences pour savoir quels étaient les meilleurs impôts. Il faut qu'ils ne soient pas seulement payés par les jeunes, mais par toute la population. Ce serait une meilleure manière de financer la transition et nous réduirions ainsi les sommes qui doivent être payées pour financer le système.

Il faut expliquer quelles sont nos obligations, il faut changer les cotisations, les réduire, faire ressortir les gens des économies souterraines, remettre tout le monde sur le marché du travail. Une combinaison de toutes ces mesures qui sont les mesures réelles, peut être prise sans changement radical, permettant une transition plus facile.

Bien sûr que si on pouvait réduire les dépenses de l'État, se serait encore mieux. Dans mes jours optimistes je pense que nous sommes en mesure de le faire, mais partons du principe que ce n'est pas possible, même si nos gouvernements nous le promettent. Il y a d'autres moyens pour faciliter la transition. Ce problème est un défi, mais pas une impossibilité comme on le prétend.

La transition peut être financée si nous l'abordons de la bonne manière, même sans réduire d'autres dépenses nationales. Elle le serait plus facilement si nous substituions certaines dépenses. Il y aurait certains gains, si les gens avaient des comptes retraite individuels. Ces personnes pourraient acheter des titres, des bons et je pense que le gain serait extrêmement important pour des pays industrialisés comme la France, comme cela a été un gain pour le Chili, qui n'avait pas de marché boursier, mais qui s'est développé. Aux Etats-Unis et en France, nous avons des marchés de capitaux très développés. La plupart des gens épargnent sous d'autres formes, en titres, en actions, en fonds de retraite complémentaire.

Comment faire pour apporter des ajustements marginaux ? Les personnes à faible revenu en tireraient le plus grand bénéfice. Dans un système privé ces personnes pourraient acheter des bons, des obligations du gouvernement, et elles pourraient cotiser à deux systèmes: un système privé et un système par répartition. Plus généralement je pense que le fait que toute la population maîtrisera elle-même sa retraite dans une large mesure, et ne dépendra plus du processus politique. Ceci pour moi est très important, et je pense que la plupart des personnes préfèrent prendre elles-mêmes leurs décisions, contrôler leurs actifs, savoir qu'elles ont 50, 100, 350 ou 500 000 F, quelle que soit la somme.

Je ne sais pas pour la France, mais questions nous obtenir du système américain ? Peut-être rien. On ne nous le dit que très peu, puisqu'il s'agit de fonctionnaires. Ce n'est pas un volontarisme, personne n'est obligé de nous dire quelque chose. Ce serait bien si les personnes pouvaient contrôler elles-mêmes leurs actifs, pouvaient voir leurs propres portefeuilles. Je pense que les gens veulent savoir ce dont ils disposent.

Je voudrais parler de deux autres questions avant de conclure. Souvent les systèmes de retraite privés ont été critiqués. Il a été dit qu'ils étaient chers à gérer. Certaines expériences ont été faites au Chili. Regardez aux États-Unis ou en France, les caisses ne dépensent pratiquement rien, alors que les fonds de retraite dépensent une partie de leurs actifs. Au Chili par exemple, ce n'est pas négligeable.

Compétitivité et non pas monopole

Le système de retraite actuel ne donne rien, il est très facile de réduire les dépenses si l'on ne donne rien en retour. C'est un système de monopole, les individus n'ont pas de choix pour investir leur argent. Tous les monopoles ont la tâche facile lorsqu'il n'y a pas de concurrence. Si c'était bon, nous pourrions peut-être monopoliser toute l'industrie, ce qui a été fait en Europe. Aujourd'hui on a plutôt tendance à privatiser, car les monopoles ont des problèmes considérables. Ce n'est pas bon pour le fonctionnement d'une industrie, qu'il s'agisse des télécommunications, des transports ou des systèmes de retraite. Il faut obliger les sociétés à entrer dans un système de compétitivité, et alors elles innovent, elles investissent, elles fournissent des informations aux individus sur leurs actifs, etc. Cela coûte certes de l'argent, mais ce sont des avantages, non l'inverse.

Je vais vous donner une conclusion encore plus paradoxale. Certains ont étudié des industries avant et après la possibilité de faire de la publicité. L'industrie des verres de lunettes n'avait pas la possibilité de faire de la publicité. La législation ayant changé, elle a pu en faire. Les lunettes auraient dû augmenter, car la publicité coûte cher. La conclusion de l'étude a été une bombe : les États qui ont permis la publicité avaient des prix moins élevés. On s'est alors demandé s'il n'y avait pas un problème d'arithmétique. La publicité est chère, il faut l'ajouter au prix de production et les prix doivent augmenter, ce que pensent la plupart des économistes, mais c'est faux. La publicité a fait diminuer les coûts, en permettant aux entreprises de commercialiser avec plus d'efficacité. En accroissant la production, les prix baissent, même en tenant compte des frais de publicité. Je pense que c'est la même chose pour les comptes de retraite privés, et c'est mieux que le système actuel qui ne nous dit rien.

La question qui se pose est le rendement des actifs. Dans un système privé, sera-t-il plus important que dans un système public monopolisé ? net de toute dépense publicitaire ? Au Chili ou en Argentine, le rendement tenant compte de la publicité est excellent. Le Chili a eu un boom, résultant en partie de la privatisation mais également d'autres facteurs. t'Argentine n'a pas eu ce boom, et la privatisation est en cours depuis 5 ans. Le rendement n'y est pas aussi bon qu'au Chili, mais il est assez bon et il s'améliore. On conseille, lorsqu'on évalue le système de voir quel est le rendement net que ces fonds de pension obtiennent, hors frais de gestion.

Je suis convaincu sur la base des preuves que nous avons accumulées jusqu'à présent, que les avantages de l'entrée dans la concurrence permettent d'avoir des taux très supérieurs à ceux obtenus par un système de monopole. Les systèmes de retraite privés sont pour moi beaucoup plus avantageux que la répartition.

Cotisations volontaires et non pas obligatoires

Un autre aspect que j'aborderai brièvement, est de savoir si les cotisations à ces comptes doivent être obligatoires ou volontaires. Au Chili, au début elles étaient obligatoires, mais tout ceci a été construit de manière très ingénieuse, et cette cotisation obligatoire est progressivement remplacée par d'autres possibilités de cotiser à ces fonds.

Nous voulons faire deux choses. Nous voulons avoir un niveau de retraite correct pour tous, même si les personnes ont été au chômage. Dans la plupart des sociétés on veut être sûr que les personnes âgées obtiennent un niveau de vie minimum. C'est l'une des choses que nous voulons garantir, par des cotisations obligatoires qui diminueront de plus en plus. Pour le reste, je pense que la plupart des personnes épargneront pour leur retraite, d'autant plus qu'il s'agit de leur propre retraite, non pas des cotisations actuellement payées dans le système de répartition, dépensées pour payer la retraite de quelqu'un d'autre.

Les épargnes doivent être déductibles des impôts et J'espère que nous arriverons à un impôt sur la consommation, qu'il n'y aura pas de double taxation comme cela existe aujourd'hui à l'entrée et à la sortie. Il faut un portefeuille que vous aurez choisi vous-même, que vous pourrez évaluer tous les mois. La compétition entre les différentes sociétés qui essaieront de vous vendre des produits moins chers encouragera l'épargne.

J'anticipe sur le fait que la grande majorité de la population épargnera, obtiendra nettement plus que ce que leur promet la répartition. Au moins elle aura épargné par elle-même. Bien sûr il y en aura qui seront exclus de ce système. Il y a toujours une minorité, il faut baser le système sur ce que la majorité de la population veut.

J'ai essayé de parler des divers avantages d'une épargne retraite individuelle, et je suis un très grand partisan de ce système, Même si je parle de divers avantages d'autres systèmes, même si je remets en question certains des avantages de celui-ci ils existent et ils sont énormes.

L'un d'eux est justement, plus en Europe que dans mon propre pays, de vous détourner de plus en plus de votre système politico-économique, de vous en éloigner le plus possible pour ramener tout le monde à la vie active, réduire les cotisations et les taxes, éliminer de plus en plus l'économie souterraine, pour que chacun se rende compte qu'il maîtrise lui-même son avenir, sa vieillesse, comme d'autres aspects de sa vie. Vous ne serez plus les esclaves du système, mais les maîtres de votre vie, et si vous avancez dans cette direction les problèmes de transition seront de plus en plus faciles à résoudre.

Extrait du Bulletin de l'Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social (ALEPS) 35, avenue Mac-Mahon - 75017 Paris - Tel : 01 43 80 55 18 - Fax : 01 48 88 97 57

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