Les économistes publics français défendent généralement l'idée que la
répartition est un mode de gestion "social" des retraites. Contrairement à la
capitalisation, elle présenterait le double avantage de reposer sur des choix
collectifs et d'éviter le développement d'inégalités. Aussi, une remise en
cause de la répartition et un recours plus ou moins généralisé à la
capitalisation risqueraient d'accroître les disparités entre retraités. D'un
coté, ceux qui auraient la possibilité d'épargner deviendraient de plus en plus
riches ; d'un autre côté, un nombre croissant de retraités modestes
n'ayant pas eu les moyens de capitaliser tomberaient en "dessous du minimum de
pauvreté" . La capitalisation serait donc un "luxe", réservé à une minorité de
nantis.
Or, cette présentation misérabiliste est malhonnête car tous les actifs –
modestes ou aisés – ont intérêt à capitaliser. Si les français à bas salaires
ont aujourd'hui du mal à épargner en vue de leur retraite, c'est
essentiellement parce que les cotisations d'assurance vieillesse transforment
leurs salaires nets en peau de chagrin. Les calculs qui suivent montrent que,
contrairement aux idées reçues, c'est en réalité la répartition qui est un
"luxe" inabordable. Elle paupérise les actifs et les retraités et pénalise tout
particulièrement les personnes modestes.
La répartition paupérise les actifs et les
retraités
Imaginons un salarié moyen du privé percevant 1.950 euros nets par mois,
soit le salaire moyen du privé. Il supporte 550 euros de cotisations sociales
"salariales" et dispose en théorie d'un salaire brut de 2.500 euros. Mais de
plus, son employeur verse en son nom 1.285 euros de cotisations sociales
"patronales", ce qui porte le salaire complet à 3.785 euros mensuels.
L'ensemble des cotisations prélevées représente 1.835 euros, soit plus de 70%
du salaire brut. Ce chiffre global n'apparaît pas sur les bulletins de paie qui
masquent ainsi le coût réel de la Sécurité sociale.
Presque la moitié des prélèvements sociaux, supportés in fine par ce
salarié, servent à financer les retraites par répartition. Le régime général et
les régimes complémentaires ponctionnent 280 euros au titre de la part
salariale et 390 euros au titre de la part patronale. Chaque mois 670 euros
sont donc absorbés par la répartition, ce qui représente plus du quart du
salaire brut.
Si ce salarié moyen cotise à l'assurance vieillesse sur ces bases durant
quarante ans, il percevra une retraite par répartition équivalente à 70% de son
salaire brut d'activité. Régime général et régimes complémentaires confondus,
il disposera de 1.750 euros bruts mensuels.
Mais si ce salarié avait pu capitaliser en actions les 8.000 euros qu'il est
contraint de verser chaque année à l'assurance vieillesse, il serait devenu
millionnaire. Ses cotisations, placées à 7,1% - le taux de rendement d'un
portefeuille action français observé sur les 40 dernières années - lui auraient
permis de constituer un capital supérieur à 1,8 millions d'euros en quarante
ans. Ce retraité "moyen" pourrait vivre confortablement des intérêts de son
capital et transmettre l'intégralité de sa fortune à ses ayants droit. En
tablant sur un rendement de l'épargne de 2% nets d'inflation à la retraite, il
disposerait un revenu mensuel de 3.000 euros par mois, sans même entammer son
capital.
Même si l'on retient un rendement net de 5% l'an - tenant compte de frais de
gestion et d'une diversification de l'épargne en obligations et produits
monétaire - le capital accumulé représenterait plus d'un millions d'euros en 40
ans. Notre épargnant pourrait, sans même consommer ce capital, disposer d'un
revenu équivalent à celui dont il bénéficierait en répartition.
Un célibataire de 60 ans qui choisirait d'aliéner ce capital, en le
convertissant en rente viagère garantie à vie pourrait tabler sur 6.500 euros
par mois, soit presque quatre fois plus que ce dont il aurait bénéficié en
répartition. Un retraité ayant un conjoint du même age et optant pour une
reversion identique à celle de la Sécurité Sociale toucherait une pension de
5.200 euros par mois, soit trois fois plus qu'en répartiton (calculs faits avec
2% de taux technique, de frais sur capital constitutif et de frais sur les
rentes versées).
La répartition pénalise tout particulièrement les personnes
modestes
Ce petit exemple montre que la répartition appauvrit artificiellement les
actifs, les retraités et leurs conjoints. Ils bénéficieraient de pensions
triplées s'ils avaient eu le droit de capitaliser les sommes aujourd'hui
captées par "l'assurance vieillesse". Ainsi, contrairement aux idées
complaisamment véhiculées par certains économistes et politiciens français, la
répartition n'a pas de vertus sociales.
Bien au contraire, l'assurance vieillesse pénalise tout particulièrement les
personnes modestes. Les ouvriers, qui courent deux fois plus de risques que les
cadres de décéder avant l'âge de la retraite, ont une durée de retraite
inférieure à la moyenne. Ils bénéficient moins longtemps d'une répartition
favorisant a contrario les catégories socioprofessionnelles à forte espérance
de vie. En outre, la répartition contribue à reproduire les inégalités
intergénérationnelles . Les actifs modestes, dont les salaires sont
artificiellement déprimés par les cotisations d'assurance vieillesse, ont plus
de difficultés à constituer un patrimoine. Il en va de même lors de leur
retraite – plus brève que la moyenne –. Ils légueront donc à leurs ayants droit
un patrimoine sensiblement inférieur à celui qu'ils auraient pu constituer
s'ils avaient été autorisés à capitaliser. Ainsi, les retraites par répartition
élargissent et reproduisent des inégalités que la capitalisation permettrait de
résorber.
Ces réalités sont malheureusement passées sous silence par nombre
d'économistes et politiciens français, trop souvent enclins à brocarder la
capitalisation. Contrairement aux idées reçues, cette dernière est une
opportunité pour tous et, notamment, pour les familles modestes. Ces dernières
ne sont pas assez riches pour s'accorder le "luxe" de verser le quart de leurs
salaires bruts dans des régimes de retraite par répartition de moins en moins
rentables.