Quelle retraite ?

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Etranger

Souvent plus de pragmatisme et de courrage

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mardi 30 janvier 2001

Capitalisation : nous sommes tous des sociaux-démocrates allemands.

Au lieu de défiler contre le MEDEF, les français syndicalistes hexagonaux feraient mieux de demander l'asile politique en Allemagne. De l'autre côté du Rhin, le gouvernement social démocrate vient de lancer un ambitieux programme de sauvegarde des retraites. A l'approche des élections il fige la répartition et fait monter en puissance la capitalisation. Pendant ce temps, les capitaux du fonds de réserve des retraites français s'évaporent.

Pragmatiques, les rouges-verts allemands libéralisent les fonds de pension.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les membres de la coalition rouge-verte allemande n'ont pas perdu de temps. Arrivés au pouvoir il y a deux ans, ils viennent de faire passer au Bundestag une réforme des retraites introduisant la capitalisation. A partir de 2002, les actifs Allemands pourront investir une portion croissante de leurs revenus dans des fonds de pensions privés. Leur épargne – fiscalement déductible – pourra augmenter progressivement dans les 6 prochaines années et atteindre 4% des revenus d'activité en 2008. Majorée par un abondement de 300 euros pour un couple et de 180 euros par enfant, cette épargne retraite procurera a terme un complément de retraite équivalant à la moitié des pensions financées par la répartition. Elle permettra de compenser le contre-choc démographique et la baisse des retraites par répartition. Contrairement aux projections françaises, le pouvoir d’achat des futurs retraités sera préservé - voire accru - sans qu’il soit nécessaire d’augmenter drastiquement les cotisations retraites pesant sur les actifs. Le taux de cotisation alimentant la répartition - qui représente aujourd’hui 19,3% des salaires bruts - ne dépasserait pas 21% en 2020 et resterait en dessous de 24% en 2030. L’économie sera importante puisque, faute de capitalisation, les autorités allemandes auraient du porter les taux de cotisation répartition à 30% des salaires bruts pour préserver le pouvoirs d’achat des retraités.

Dogmatiques, les socialistes français nous proposent la capitalisation sans fonds.

A l'opposé des rouges-verts allemands, les représentants de la gauche plurielle française ont fait le choix de l'attentisme. Soucieux de ne pas froisser leur électorat, ils jouent la montre et se contentent de multiplier les effets de manche dans l'espoir de rassurer les français de plus en plus inquiets. Une dizaine de rapports, un Conseil d'orientation, un fonds de réserve des retraites, tout a été mis en oeuvre pour faire croire que le gouvernement Jospin agit. Mais au delà des mots les problèmes ne cessent de s'accumuler. Le dernier en date est croustillant.

Au moment où le gouvernement social démocrate allemand optait pour la capitalisation individuelle, l'on apprenait que le schéma du fonds de réserve mis en place par le gouvernement Jospin était remis en cause. Cette capitalisation collective, censée monter en puissance progressivement et atteindre 1000 milliards en l'an 2020, devait être alimenté par le produit de la cession des licences téléphoniques UMTS. Or, cette privatisation tourne au fiasco. Le gouvernement français vient en effet de se faire piéger à son propre jeu. Soucieux de maximiser ses recettes, tout en se démarquant des méthodes de cession anglo-saxonnes, il avait souhaité déterminer à l'avance le prix de vente des licences. Au lieu d'organiser un processus de vente aux enchères, il a arbitrairement fixé le prix d'une licence UMTS à 32,5 milliards de francs. Mais les opérateurs téléphoniques, échaudés par le retournement des valeurs technologiques, jugent aujourd'hui ce tarif prohibitif. Suez Lyonnaise des Eaux vient de décliner l'offre gouvernementale et Bouygues Telecom pourrait emboîter le pas. Bilan : en quelques mois, le fonds de réserve des retraites s'est appauvri d'une trentaine de milliards. En réalité, le manque à gagner est encore plus important puisque cette somme aurait du être placé et faire des petits… Décidément, à force de tout vouloir faire différemment des autres, le gouvernement français multiplie les impasses. Pauvres retraites...

mercredi 7 juin 2000

Retraites : Schröder introduit la capitalisation, Jospin continue de défendre la répartition.

Les membres de la coalition rouge-verte au pouvoir en Allemagne depuis octobre 1998 ne perdent pas de temps. Ils viennent d’adopter un projet visant à limiter la hausse des cotisations d’assurance vieillesse en introduisant une dose de capitalisation. Cette démarche, incontournable dans un contexte de vieillissement démographique, n’a malheureusement pas les faveurs de Lionel Jospin. Incapable d’expliquer à sa majorité plurielle qu’un passage à la capitalisation est inéluctable, le premier ministre s’est contenté d’installer la semaine dernière un conseil d’orientation des retraites.

Pragmatiques, les rouges-verts allemands introduisent une dose progressive de capitalisation.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les membres de la coalition rouge-verte allemande agissent en politiques responsables. Soucieux de pérenniser le pouvoir d’achat des futurs retraités, ils proposent de combiner la répartition avec la capitalisation dès l’année prochaine. Cette démarche, qui marque une rupture avec la conception assurantielle allemande, est la seule qui permette d’éviter la paupérisation des futurs retraités. En effet, en raison de l’augmentation du nombre de pensionnés et de la stagnation de la population active, le montant des retraites par répartition devrait sensiblement décliner d’ici à 2050. Alors qu’un allemand prenant sa retraite en 2020 percevra chaque mois 122 DM (410 francs) de moins qu’aujourd’hui, le manque à gagner mensuel atteindra 960 DM en 2050 (1.540 francs).

Aussi, les sociaux-démocrates et écologistes proposent aux salariés de capitaliser en prévision de leurs vieux jours. Ils veulent les inciter à épargner 0,5% de leurs salaires bruts dès 2001 et à accroître progressivement la part de la capitalisation, afin de placer 4% des salaires en 2008. A terme, cette épargne procurerait, grâce aux intérêts composés, un complément de retraite conséquent équivalant à la moitié des pensions financées par la répartition. Le pouvoir d’achat des futurs retraités serait préservé - voire accru - sans qu’il soit nécessaire d’augmenter drastiquement les cotisations retraites pesant sur les actifs. Le taux de cotisation alimentant la répartition - qui représente aujourd’hui 19,3% des salaires bruts - ne dépasserait pas 20% jusqu’en 2020 et resterait en dessous de 22% en 2030. L’économie serait importante puisque les autorités allemandes pensent que, faute de capitalisation, il faudrait porter les taux de cotisation répartition à 30% des salaires bruts pour préserver le pouvoirs d’achat des retraités.

Dogmatique, la gauche plurielle française cache aux français l’inéluctable faillite de la répartition.

Le malheur est qu’à l’opposé des rouges-verts allemands, les représentants de la gauche plurielle française refusent de se comporter en politiques responsables. Aveuglément attachés à la répartition, ils parent cette dernière de toutes les vertus. Ils la présentent comme un instrument de redistribution des richesses et un moyen de renforcer la solidarité intergénérationnelle. Or, la réalité est toute autre.

D’une part, les retraites par répartition sont anti-redistributives. Elles pénalisent doublement les personnes modestes ayant souvent une espérance de vie inférieure à la moyenne. Non seulement leurs revenus d’activité sont amputés par les cotisations vieillesse mais, en outre, les personnes modestes obtiennent en l’échange des pensions sous évaluées dans la mesure où elles ont statistiquement une retraite plus courte que la moyenne.

D’autre part, la pratique qui consiste à léguer la charge des retraites aux générations futures n’est en rien solidaire. Initiée par le gouvernement de Vichy, qui tablait sur une relance de la natalité, elle n’est pas viable dans un contexte de vieillissement démographique. A titre d’illustration, les projections du Ministère de l’emploi et de la solidarité attestent qu’il faudrait augmenter le taux de cotisation assurance vieillesse dans des proportions insoutenables si l’on persistait dans la répartition. Là où sont aujourd’hui prélevés 19,2% des salaires bruts, il faudrait porter le taux de cotisation à 25% des salaires en 2020 et 29% en 2030. Or, une telle augmentation de cotisation pénaliserait lourdement les actifs et, d’une manière générale, l’économie française. Les simulations usuelles montrent qu’avec un tel accroissement des prélèvements sociaux, le taux de chômage d’équilibre augmenterait de deux points, effaçant ainsi l’embellie conjoncturelle que nous connaissons depuis 1997.

Les mesures mises en œuvre par Lionel Jospin sont notoirement insuffisantes.

Face à cette catastrophe annoncée, la ligne de conduite de Jospin tient de la méthode coué. L’hôte de Matignon a multiplié les rapports et les concertations sans jamais passer à l’acte. Soucieux de masquer son attentisme, il se contente de déclarations lénifiantes et de succédanés de réformes. Il en va ainsi du fonds de réserve qui, créé en 1999, serait progressivement abondé pour disposer de 1000 milliards en 2020. A l’évidence, cette somme est notoirement insuffisante puisque le besoin de financement annuel serait déjà de 300 à 400 milliards de francs en 2020 (le Commissariat général du Plan table sur un déficit annuel de 700 à 800 milliards de francs en 2040).

La mise en place, le 30 mai, d’un Conseil d’orientation des retraites témoigne aussi de l’attentisme gouvernemental. Crée à l’instigation Lionel Jospin, qui a déjà commandé une demi douzaine de rapports et concertations en 3 ans, ce comité a été présentée comme une structure de dialogue et d’information. Or son président, une ancienne collaboratrice de François Mitterrand, a déjà annoncé que le conseil ne serait « ni un lieu de négociation ni un lieu de décision ». Il va s’en dire qu’aucune réforme sérieuse ne sera entreprise d’ici à la présidentielle de 2002. Hasard du calendrier, le mandat de Schröder arrivera à terme au même moment. Mais il semble que, des deux côtés du Rhin, les socialistes aient fait des choix stratégiques radicalement opposés. Alors que Gerhard Schröder jouera sa réélection sur ses réformes structurelles – telles la pérennisation des retraites moyennant l’introduction d’une dose de capitalisation – Lionel Jospin préfère ne rien faire pour satisfaire sa « gauche plurielle ».