Quelle retraite ?

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mercredi 17 mars 2010

Lire ou relire le jour où la France a fait faillite

jour_france_failliteEn ces temps difficiles, on pourra lire ou relire avec intérêt ce roman d’anticipation écrit il y a trois ans par Philippe Jaffré et Philippe Riès.

L’ancien Président d’Elf-Aquitaine, décédé fin 2007, et le journaliste avaient eu l’audace imaginer qu’en juillet 2012 l’agence de notation Standard & Poor’s, lassée par la persistance d’un déficit public structurel et l’envolée du coût des retraites des fonctionnaires, dégraderait la notation de la dette publique française, provoquant un mouvement de défiance massif.

Du jour au lendemain, l’administration française ne trouverait plus aucun préteur. Celle qui, depuis une trentaine d’années, s’endettait pour financer ses fins de mois ne serait plus à même de payer les fonctionnaires, ses retraités, et d’honorer le remboursement de ses dettes arrivant à échéance. Une crise de finances publiques majeure se propagerait au secteur bancaire para étatique. La Caisse des Dépôts et Consignations et la Banque Postale, détentrices d’obligations du Trésor dont le cours est en chute en libre, seraient emportées. Les banques privées devraient réduire drastiquement leur activité, au risque d’asphyxier plus encore l’économie. L’administration française quémanderait de quoi assumer les fins de mois au FMI, au Club de Paris ou à la Banque Centrale européeenne. Ces institutions, soucieuses de ne pas investir en pure perte des capitaux, exigeraient en contre partie la mise en place de réformes drastriques, pour passer d’un déficit annuel de l’ordre de 9% à un excédent de 2%. La France subirait ainsi « un sevrage brutal », avec l’abolition du statut de la fonction publique, la réduction du nombre des fonctionnaires, le transfert de la gestion du secteur éducatif et hospitalier au privé, la réduction drastique du nombre de collectivités locales…

Ce roman politico-financier plonge le lecteur dans les coulisses du pouvoir, de Bercy à la Banque Centrale Européenne, en mettant en scène une multitude de personnages connus, tant français qu’étrangers, ce qui lui confère un réalisme saisissant. Documenté et pédagogique, il est de nature à intéresser tous ceux qui sont intéressés par les affaires publiques, indépendamment de leur connaissance des marchés financiers. Philippe Jaffré, qui avait publié un Monnaie et politique monétaire (éditions Economica), et Philippe Riès avaient en effet extrêmement bien dosé leur intrigue.

A l’époque d’aucun avaient considéré qu’il s’agissait d'une pure fiction. Mais l’actualité grecque récente, tout comme l’histoire, nous rappellent qu’un état peut faire banqueroute. C’est ce qui arrivé en France, en 1797, dans plusieurs Etats fédérés des Etats-Unis d’Amérique, entre 1841 et 1843. Il y a une vingtaine d’année, les crises financière latino-américaines, avec notamment la défaillance du Mexique (1982) ou de l’Argentine (1994), montraient aussi qu’un état ne peut durablement vivre au dessus de ses moyens. Espérons que nous n’allons pas leur emboiter le pas...

Philippe Jaffré et Philippe Ries, Grasset, janvier 2007, 365 pages.

vendredi 26 février 2010

Retraites, le disque rayé

TourneDisqueLes retraites sont redevenues un sujet d'actualité. Des sondages récents, concomitants à l'annonce de déficits croissants, ont montré comment les français n'avaient plus confiance dans leur système par répartition, doublement handicapé par la démographie et la crise économique. Une vague de proposition d'économies, plus ou moins novatrices et réalistes, a vu le jour sans qu'on puisse dégager un discours de nature à rassurer les cotisants et les retraités.

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a ouvert le bal avec son rapport sur les systèmes par points ou par «comptes notionnels». Cette pratique permet d'adapter automatiquement les prestations versées en fonctions de cotisations encaissées. Elle a l'avantage d'éviter l'accumulation de déficits récurrents et de ne pas lier le retour à l'équilibre au débat politique. Autre intérêt, elle illustre – si besoin était – que la répartition ne peut pas verser plus que ce qu'elle reçoit. Sans rien changer au problème de fond, il s'agit d'une solution intéressante de par son caractère vertueux et pédagogique. Elle est déjà appliquée en France par l'ARRCO et l'AGIRC, qui se distinguent par une gestion plus précautionneuse que le régime général des salariés et ont eu l'intelligence de constituer des réserves. Pour autant, il n'est aucunement certain que le gouvernement s'engage dans cette voie. A peine le rapport du COR publié, nombre de commentateurs autorisés, dont le Premier ministre, soulignaient que la conversion en régime à points, loin d'être une solution miracle, ne permettrait pas de générer des économies à court terme. D'évidence ce n'était pas la peine de faire travailler la quarantaine de membres du COR pour arriver à une conclusion aussi timorée.

François Fillon n'en n'est pas resté là sur les retraites, sujet à propos duquel il bénéficie d'une certaine aura depuis la réforme de 2003. Lors de son interview au Figaro du 29 janvier, il s'est échiné à montrer que le gouvernement gérait la question dans la continuité. Il a tout d’abord exclu l'hypothèse de réformes de fond, au motif qu'aucun pays au monde n'en aurait faites, propos décevant de la part d'un responsable politique qui sait pertinemment que c'est inexact. Il a ensuite dit tout l'espoir qu'il fondait sur une baisse du chômage qui permettrait de compenser les effets du vieillissement. Cette proposition, qu’il avait déjà défendue en 2003 puis lors du rendez-vous retraite de 2008, est totalement anachronique alors que le chômage, à 9%, est loin d'être sous contrôle. Fleurant bon un malthusianisme digne des tenants des 35 heures, cette idée repose sur la croyance que la baisse de la population active doit entrainer mécaniquement une baisse du chômage, permettant ainsi de réaliser des économies d'assurance chômage de nature à compenser les surcoûts de l'assurance vieillesse. Une proposition d'autant plus saugrenue que l'assurance chômage, contrairement aux prévisions faites en 2008, n'a jamais réussi à rééquilibrer ses comptes. Loin d'avoir apuré sa dette, comme d'aucuns le prévoyaient, elle termine l'année 2009 avec un déficit cumulé de 5,6 milliards d'euros.

Pendant que certains réfléchissent réforme ou cherchent à rassurer, la CNAV s'agite pour boucler son année. Sa Présidente, Danièle Karniewicz, propose de piocher dès cette année dans les capitaux accumulés par le Fonds de Réserve des Retraites pour compenser le déficit attendu. Son raisonnement est d'une simplicité enfantine. Ce fonds a été crée par Lionel Jospin pour constituer des réserves et amortir les déséquilibres attendu à horizon 2020. Or, avec onze milliards de déficits dès cette année, nous atteignons déjà le déficit attendu pour 2020. Une bonne raison pour piocher dans la caisse avant l'heure. Mais il y a deux problèmes. D'une part le fonds de réserve n’a accumulé que 33 milliards. Cette somme, sans rapport avec les 1000 escomptés par Lionel Jospin lors de la création du fonds public, ne permettrait même pas d'éponger les déficits 2010, 2011 et 2012. D'autre part elle est investie à long terme, avec une composante importante d'actions qu’il n’est pas nécessairement judicieux de vendre de façon anticipée.

La seule touche de réalisme vient de la Cour des comptes. Dans son dernier rapport, elle montre comment le sous financement des régimes sociaux remet en cause le principe même de la répartition, au sein de laquelle les cotisations et les prestations versées dans l’année devraient s’équilibrer. Selon la cour, l’endettement des régimes sociaux fera supporter une « charge indue » sur les actifs des générations futures. Compte tenu du niveau de déficit actuel, la Cour pense que « l’équilibre ne pourra être rétabli sans une remise en cause du niveau de protection sociale ou sans une forte augmentation des prélèvements sociaux ». Deux pistes qui ne sont pas sans poser de questions dans un pays où il n’existe pas de consensus en faveur d’une remise à plat du système et où les prélèvements sociaux sont déjà très importants. Plus que jamais le débat français sur les retraites est dans l’impasse. Il paraît urgent de conseiller à chacun de s'organiser et de se constituer un capital retraite, en utilisant les solutions existantes. La baisse des taux de remplacements procurés par la répartition est une certitude, rien ne l'enrayera. Il est donc fondamental que chacun s'y prépare.

Article écrit en collaboration avec l'Institut Economique Molinari www.institutmolinari.org

mercredi 24 février 2010

Les contrats de retraite Madelin

Pour l’année 2009, le nombre de contrats de retraite "Madelin" souscrits auprès des sociétés d’assurances est en légère augmentation (90 000). Le nombre de contrats en cours de constitution auprès des sociétés d’assurances atteint 856 000, en hausse de 5 % sur un an. Le montant des cotisations versées en 2009 sur les contrats de retraite "Madelin" est de 2,1 milliards d’euros, en progression de 2 % par rapport à la même période de l’année précédente. Les provisions mathématiques des contrats en phase de constitution s'élèvent à 15,0 milliards d’euros à la fin de l’année, en augmentation de 16 % sur un an.
Source : FFSA, La lettre de la Fédération Française des Sociétés d’Assurances • Numéro 151 • 24 Février 2010

Les plans d’épargne retraite populaire (Perp) en léger ralentissement

Pour l’année 2009, le nombre de contrats Perp souscrits auprès des sociétés d’assurances est en baisse, puisqu’il s’élève à 62 000, alors qu’en 2008 sur la même période, 84 000 contrats Perp avaient été enregistrés. Ces nouveaux plans portent le nombre de Perp en phase de constitution à près de 2,1 millions au 31 décembre 2009. Le montant des cotisations versées sur les plans d’épargne retraite populaire en 2009 (1 milliard d’euros) reste élevé et stable par rapport à celui de l’année précédente. Les provisions mathématiques des Perp en phase de constitution s'élèvent à plus de 5,2 milliards d’euros à fin décembre 2009, en progression de 29 % sur un an.

Source : FFSA, La lettre de la Fédération Française des Sociétés d’Assurances • Numéro 151 • 24 Février 2010

dimanche 14 février 2010

La répartition, c'est un peu un système Madoff

Dans le système de retraites par répartition, ce sont les enfants qui paieront les retraites de demain. La répartition, c'est un peu un système Madoff, elle tient tant que les derniers acceptent de payer pour les premiers. S'ils ne sont plus assez nombreux ou s'ils refusent de payer, le système s'écroule. L'équation des retraites est connue : d'ici à 2030, le nombre de plus de 60 ans augmente de 6 millions alors que la tranche des 20-60 ans stagne. Ce qui était facile en 1970 quand il y avait 2,5 actifs pour un retraité est intenable en 2030, quand il y aura 1,5 actif pour un retraité !

Citation extrait d'un article de Michel Godet, "L'équation est connue : il y aura demain 1,5 actif pour 1 retraité. Qui va payer ?", Le Monde, 12 février 2010
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jeudi 11 février 2010

La Cour des comptes craint une réduction du niveau de protection ou une augmentation des prélèvements

billets&mainDans son dernier rapport, la Cour des comptes montre que « Le déficit public atteint un niveau sans précédent en temps de paix et la dette s’emballe », dépassant tous les repères qui avaient été fixés pour les encadrer.

Ce travail, préparé sous la supervision de Philippe Seguin, décédé début janvier, dresse un réquisitoire implacable, notamment en matière de gestion des comptes sociaux. Cinq ans après le rapport Pébereau sur la dette publique française, il montre comment la situation continue d’empirer et que l’encadrement du déficit de la sécurité sociale a été contourné.

Ci-joint quatre extraits frappants, pour ceux qui n’auraient pas le temps de lire ce rapport.

La Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) « pour 2009 prévoyait un déficit de 10,5 Md€ pour le régime général. Bien que la commission des comptes de la sécurité sociale ait révisé ce montant de presque 10 Md€ à la hausse en juin et que d’autres modifications soient intervenues ensuite, aucune loi n’a rectifié ce déficit jusqu’à la loi de financement pour 2010, en décembre 2009, qui l’a alors, seulement, porté à 23,5 Md€. » (p.11)

La LFSS pour 2009 a fixé un plafond aux avances de trésorerie permettant à l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS) de compenser les décalages entre ses dépenses et ses recettes. Fixé initialement à 19 Md€, il a été porté en cours d’année à 29 Md€ par un décret du 29 juillet 2009. Le code prévoit que ce plafond peut être relevé, par décret en cas d’urgence. Mais, comme la Cour des comptes l’a souligné dans son rapport de septembre 2009 sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale, « cette autorisation de recours à l’emprunt ne vise normalement que les besoins de trésorerie infra-annuels. Or, les ressources actuelles de trésorerie du régime général couvrent un déficit qui n’a aucune chance d’être résorbé sans mesures structurelles d’ajustement, compte tenu de son ampleur. Le recours à ces avances est donc inadapté. » (p.12)

« La situation financière de l’ACOSS deviendra rapidement intenable (…) Si les comptes sociaux ont souvent été déficitaires, des projections pluriannuelles décrivaient jusqu’ici une trajectoire de retour à l’équilibre, même si elles reposaient souvent sur des hypothèses optimistes. Avant la crise, la réduction du déficit de l’assurance maladie obtenue entre 2004 et 2008 et la possibilité d’un transfert de cotisation de l’assurance chômage à l’assurance vieillesse donnaient une certaine crédibilité à cette perspective de retour à l’équilibre qui est désormais caduque. » (p.12)

Le maintien du déficit à un tel niveau remet en cause le principe de base selon lequel la solidarité est assurée, dans un régime par répartition, par un équilibre annuel entre les cotisations et les prestations. En reportant le financement des prestations versées aujourd’hui sur les actifs des générations futures, l’endettement des régimes sociaux leur fera supporter une charge indue qui s’ajoutera aux coûts résultant d’une population vieillissante. A un tel niveau de déficit, l’équilibre ne pourra être rétabli sans une remise en cause du niveau de protection sociale ou sans une forte augmentation des prélèvements sociaux. » (p. 14)

Source : Cour des comptes, Rapport public annuel 2010, 1ère partie : observations des juridictions financières, février

Article écrit en collaboration avec l'Institut Economique Molinari www.institutmolinari.org

mercredi 3 février 2010

276 milliards

pile_pièces C’est ce que couteront les retraites en 2010. Ce chiffre est calculé en ajoutant aux 150 milliards des régimes de base, les retraites de la fonction publique et les régimes complémentaires. Il est plus important que les 240 milliards de dépenses de l’Etat (hors pensions) ou que les 162 milliards de dépenses de maladie.

Source : Dominique Libault, Directeur de la Sécurité sociale, colloque du Conseil d’orientation des retraites du 3 décembre 2009

mercredi 27 janvier 2010

Le plan d'épargne pour la retraite collectif (PERCO) poursuit son essor

cochon_euroLe plan d'épargne pour la retraite collectif (PERCO) continue de séduire entreprises et salariés. Au 30 septembre 2009 93 000 entreprises ont adopté ce plan d'épargne retraite et 500 000 salariés y ont déjà fait des versements, selon l'Association française de la gestion financière (AFG). L’encours total de PERCO est désormais de 2,7 milliards d’euros (+49% sur un an), soit en moyenne 5 400 euros par bénéficiaire (+23 % sur un an). Un chiffre sensiblement supérieur à l'encours moyen des PERP, estimé à 2 200 euros par détenteur.

mardi 26 janvier 2010

Chers régimes spéciaux, chère réforme

5,7 milliards, c’est la subvention prévue par l’Etat en faveur des régimes spéciaux de retraite en 2010. En dépit des réformes récentes, ces régimes particuliers seraient en faillite si le contribuable ne venait pas, une fois de plus, à leur aide. Ils distribuent en effet structurellement plus de prestations qu’ils n’encaissent de cotisations.

Le régime spécial de la SNCF représentera l’essentiel de cette dépense, avec 3,1 milliards. Cette caisse, pourtant dite « autonome », est seulement financée à 36% par les cotisations de ses actifs, le reste provenant de transferts, compensations ou contributions publiques. Viennent ensuite le fonds de retraite des mines et le régime de retraite des marins avec respectivement 972 et 793 millions d’euros de subventions publiques, chiffres n’intégrant pas plus de 800 millions d’euros de compensations autres. Le fonds des mines, avec 0,03 actif par retraité, dépend à 98% des transferts d’autres régimes et des contribuables ; celui des marins, avec 0,29 actif par retraité, dépend à 89% de ces transferts. De quoi faire passer la RATP pour un bon élève, avec des cotisations sur les actifs représentant 45% des prestations versées.

On pourrait penser que la situation va rapidement s’améliorer suite à la mise en œuvre en 2008 des réformes des régimes spéciaux de la SNCF et de la RATP. Rien n’est moins sûr. Les dotations publiques à ces deux régimes ont augmenté de 10% en deux ans et un récent rapport sénatorial montre que « que les contreparties salariales accordées aux salariés de la SNCF et de la RATP représenteraient un fort potentiel de dépenses supplémentaires et viendraient « grever » les économies attendues de la réforme ».

Selon son auteur « A la SNCF, les gains engrangés à court terme s’annuleraient à moyen terme. A la RATP, la réforme engendrerait un surcoût jusqu’en 2015 puis dégagerait de faibles économies ».

lundi 25 janvier 2010

5,7 milliards

pile_piècesC’est la subvention prévue par l’État français en faveur des régimes spéciaux de retraite en 2010. En dépit des réformes récentes, cette subvention augmente de 10% par rapport à 2009.

Source : Projet de loi de finances pour 2010, Tome III, Régimes sociaux et de retraite

dimanche 24 janvier 2010

Le Conseil d’Orientation des Retraites sous influence ?

dés&billetsEn 2010, l'ensemble des régimes obligatoires de retraite devrait afficher un besoin de financement supérieur à 25 milliards. Ce chiffre, calculé en additionnant les déficits des régimes du privé et une partie des déficits publics, correspond au déficit qu’on pensait atteindre en 2020. Dans sa dernière projection, datant de 2007, le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) tablait en effet sur un besoin de financement à 15,1 milliards d'euros en 2015 et 24,8 milliards en 2020, chiffres qui devraient être dépassés dès cette année.

Officiellement, cette erreur de prévision serait due à la crise actuelle, par nature imprévisible. Mais à regarder les projections de 2007 de plus près, on se rend compte que le COR avait travaillé à partir d'hypothèses qu'aucun actuaire indépendant n'aurait retenues. Il tablait sur un chômage ramené à 4,5% en 2015, un taux jamais atteint en France depuis trente ans... Avec une hypothèse aussi peu réaliste, il n'est pas surprenant que les projections sur l'équilibre des régimes de retraites soient erronées et que le déficit prévu pour 2020 soit déjà atteint.

Une telle légèreté de la part d'une institution destinée à "orienter" le débat sur les retraites, sujet fondamental engageant l'avenir de tous les Français, est inquiétante. L'explication de ce dérapage n'est en aucun cas technique. Le COR a accès à toutes les ressources de la statistique publique ; il n’a pas pu pécher par amateurisme. Les raisons de cette erreur sont vraisemblablement politiques. Le COR est liée à la fois aux pouvoirs publics, qui le financent et désignent ses membres, et aux partenaires sociaux, qui sont très nombreux à y siéger. Il court sans doute plus de risques à déplaire à ces derniers qu'à publier des prévisions de nature à légitimement semer le doute sur la pérennité de nos régimes de retraites.

Article écrit en collaboration avec l'Institut Economique Molinari www.institutmolinari.org

jeudi 30 juillet 2009

L’assurance vieillesse française coûte plus et rapporte moins

Le système de retraite par répartition français n’est pas une bonne affaire. Une étude récente de l’OCDE montre qu’il coûte plus cher que dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE, tout en procurant des retraites moins intéressantes. Avec 12,4 % du PIB consacré aux retraites publiques par répartition, les Français dépensent nettement plus dans ce domaine que la moyenne des pays de l’OCDE (7,2 % du PIB en 2005).

Leurs efforts sont loin d’être récompensés puisque les pensions distribuées sont sensiblement inférieures à celles des autres pays. Pour un salarié moyen français débutant sa carrière en 2006, le taux de remplacement à la retraite sera 53,3 % contre 59 % dans l’OCDE. Pour une personne avec un salaire deux fois moindre, l’écart est encore plus important. Le taux de remplacement sera de 61,7 % contre 71,9 % en moyenne dans l’OCDE. Des chiffres de nature à relativiser les discours sur la prétendue générosité du système de retraite français.

Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’elle est atypique. Les rares pays de l’OCDE dépensant plus que nous distribuent des pensions plus généreuses. L’Italie et l’Autriche, qui consacrent respectivement 14 % et 12,6 % de leur PIB aux retraites publiques, assurent des taux de remplacement moyens de 67,9 % et 80,1 %.

Un tel constat milite pour une remise à plat du système de retraite par répartition français qui – au-delà de sa faible efficacité – fait peser un risque sur les retraités. En France, les plus de 65 ans sont extrêmement dépendants des transferts publics. Ces derniers représentent 85,4 % de leurs revenus, contre 61,1 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Nous détenons, avec la Hongrie, le record en la matière, faute d’avoir favorisé le recours aux retraites par capitalisation ou l’emploi des séniors. On doit naturellement s’interroger sur le caractère soutenable de cette situation. Les dépenses au titre des pensions publiques représentent aujourd’hui 23 % des dépenses totales des administrations, contre 16 % dans la moyenne de l’OCDE. Les déficits ne cessent de s’accumuler depuis une trentaine d’années et la crise actuelle balaye, une fois de plus, les projets de retour rapide à l’équilibre.

Aussi il y a toutes raisons de penser, comme l’OCDE, que l’ajustement se fera en France moyennement une baisse des taux de remplacement futurs et grâce à la montée en puissance des compléments de retraites privés volontaires. Seuls ces derniers sont à même d’apporter une réponse crédible, en amortissant la baisse des taux de remplacement.

mercredi 20 mai 2009

Père Noël ou cleptomane ?

Le Président de la République vient d’attribuer « un coup de pouce » aux retraités en annonçant un relèvement des pensions de 0,8% au 1er septembre. Cette mesure ponctuelle doit permettre de compenser le surcroît d’inflation observé depuis le début de l’année.

Cette mesure ponctuelle, qui s’ajoute à la hausse de 1,1 % du premier janvier, doit permettre de compenser le surcroît d’inflation observé depuis le début de l’année. En apparence généreuse, elle pose des problèmes de fonds. En effet, nos retraites fonctionnent en répartition. Elles sont financées par des cotisations prélevées sur les actifs, qui permettent ensuite de verser les pensions des retraités.

Conséquence mécanique, toute revalorisation des pensions doit être compensée par une augmentation des recettes. Si ce n’est pas le cas, la sécurité sociale crée un déficit qui devra être remboursé, un jour ou l’autre, par des augmentations d’impôts ou de charges. Le « geste » du Président de la République est donc fait au détriment des actifs d’aujourd’hui, qui verront leurs cotisations retraites augmenter plus vite que prévu, ou de ceux de demain, qui hériteront d’un déficit plus lourd que prévu.

Il est grand temps de grandir et d’arrêter de croire au père Noël. Dans nos régimes de retraite par répartition, ce qui va dans la poche des uns vient de la poche des autres…

lundi 23 février 2009

Réversion-répartition, une promesse non tenue de plus

Depuis le début de l’année, il faut à nouveau avoir 55 ans pour bénéficier de la pension de réversion de son conjoint décédé. Cette condition d’âge, qui devait être totalement supprimée en 2011 dans le régime général, vient d’être rétablie par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009. Cette mesure illustre le caractère arbitraire et instable des retraites par répartition. Le pseudo « contrat » liant les cotisants, les pensionnés et les caisses de retraites est en effet taillable et corvéable à merci, au gré des contingences politiques.

En 2003 François Fillon, alors ministre des affaires sociales, faisait voter une loi prévoyant que la condition d’âge permettant de bénéficier d’une pension de réversion serait supprimée progressivement, seule une condition de ressources subsistant. Le gouvernement du même François Fillon fait aujourd’hui machine arrière au motif que cette mesure serait trop couteuse au vu des déséquilibres accumulés par la caisse nationale d’assurance vieillesse.

Ce revirement, qui mettra dans l’embarras des centaines de veuves et veufs ayant le malheur d’être trop jeunes, n’est pas une surprise. La loi Fillon de 2003 était loin d’apporter une solution aux déséquilibres financiers de l’assurance vieillesse, qui sont liés à son fonctionnement en répartition. Pire cette réforme, comme celles des régimes spéciaux, s’est traduite par des dépenses immédiates. Pour obtenir un consensus politique il a fallu offrir des concessions aux partenaires sociaux … quitte à revenir quelques années plus tard sur certaines d’entre elles. C’est aujourd’hui d’autant plus facile que les veufs ou veuves ne sont pas un groupe de pression organisé. N’ayant aucun moyen politique ou légal de se retourner contre les pouvoirs publics, ils constituent une proie facile.

L’histoire aurait été différente si les conjoints de ces veuves et veufs avaient contracté avec un assureur privé. D’une part cet assureur n’aurait jamais proposé des modalités de réversion, sans prendre soin de constituer au préalable des réserves lui permettant de tenir ses promesses. D’autre part il n’aurait pas pu réviser unilatéralement ses engagements, ayant la certitude d’être condamné et d’entacher irrémédiablement sa réputation. Si l’on aspire à la sécurité, mieux vaut ne pas dépendre d’une caisse de retraite en répartition qui change les règles comme bon lui semble…

vendredi 23 janvier 2009

Retraites, voir au-delà de la crise boursière

La crise financière donne des ailes aux contempteurs des fonds de pensions et aux partisans des retraites par répartition. Les pertes des fonds de retraite privés de la zone OCDE sont estimées à 20 % des capitaux entre janvier et octobre 2008 et la tendance pourrait se poursuivre. Naturellement les pays ayant massivement recours à la capitalisation, tels les Pays-Bas, la Suisse, l’Australie, le Royaume-Uni ou les États-Unis sont les plus touchés.

Certains en viennent ainsi à présenter la répartition comme un garde-fou par rapport à des marchés financiers volatiles et à envier la situation de pays comme la France, ayant très peu recours à la capitalisation. En 2007, les actifs des fonds de pension y représentaient moins de 2 % du PIB. Peut-être que ce que certains qualifieraient d’imprévoyance était in fine une marque de clairvoyance ?

Pour autant, une telle analyse est trompeuse car la situation des plans de retraite par capitalisation n’est pas désespérée, alors que celle de la retraite par répartition sera tributaire d’évolutions conjoncturelles et structurelles irrémédiablement défavorables.

D’abord, il est inexact de penser que la baisse des marchés boursiers se traduit par une baisse similaire des pensions de ceux qui s’apprêtent à partir à la retraite. Certes des épargnants ont pu mettre en danger leur épargne, en gardant leurs économies sous forme d’actions en dépit de l’arrivée prochaine de leur retraite. Pour autant ces situations individuelles ne constituent pas une généralité.

Les gestionnaires institutionnels, tels les fonds de pensions, n’investissent sur les marchés des actions qu’une part de l’épargne retraite qu’ils gèrent. Cette part est d’autant moins importante que leurs cotisants se rapprochent de la retraite, c’est-à-dire du moment où ils cesseront d’épargner et toucheront leur pension.

Il en va de même dans nombre de plans à cotisations définies. Un grand nombre de ces plans permettent d’opter pour une gestion automatique privilégiant les investissements en actions quand on est loin de la retraite, afin de profiter de leur potentiel de rentabilité à long terme. A contrario, ces plans privilégient des actifs moins volatiles lorsque les épargnants se rapprochent de la retraite, pour mettre leur épargne à l’abri des fluctuations des marchés. Cela explique que nombre d’épargnants, ayant épargné régulièrement depuis des années, continuent de réaliser des gains. Ceux qui enregistrent des pertes sont fréquemment des épargnants jeunes, ayant commencé à épargner récemment. Pour autant ils ne concrétiseront pas ces moins-values car, loin de la retraite, ils ne sont pas en situation de vendre. Ils vont même pouvoir bénéficier des opportunités résultant de la baisse des cours. Les versements qu’ils vont faire leur permettront d’acheter plus d’actions, moins chères, et les mettront en situation de profiter de la reprise des marchés à moyen ou long terme.

Ce serait donc une erreur de juger la rentabilité de la capitalisation à l’aune des rendements à court terme des marchés des actions. L’épargne retraite est, par essence, une pratique dont les fruits doivent être jugés sur la longue période. Les épargnants retraite sont des investisseurs à long terme. Achetant régulièrement des actifs, ils sont en situation d’amortir les chocs boursiers et ont peu de raisons de s’inquiéter des baisses à court terme.

Enfin, l’idée que les régimes de retraite par répartition sont à l’abri de la conjoncture est fausse. Leurs ressources proviennent majoritairement de cotisations sociales, prélevées sur le travail des actifs. Si ces derniers sont moins nombreux, par exemple du fait d’un ralentissement de l’économie, leurs recettes s’amenuisent mécaniquement.

C’est exactement ce qui est en train de se produire en France à cause de l’impact de la crise sur l’activité des entreprises. Le chômage vient d’y repasser au-dessus des 2 millions, niveau qu’il n’avait pas atteint depuis avril 2007, et la tendance risque de se poursuivre dans les années à venir. Cette remontée laissera des traces dans les comptes de l’assurance chômage et dans toutes les branches de la sécurité sociale, dont la Caisse nationale de l’assurance vieillesse (CNAV). Les comptes de cette dernière seront d’autant plus dégradés qu’elle ne dispose pas de réserves.

La CNAV, directement tributaire des aléas à court terme, doit aussi faire face à des déséquilibres structurels, liés au vieillissement et au contrechoc du baby boom. Le nombre de départs à la retraite est passé d’environ 500 000 par an au début de la décennie à 750 000 en 2007 et 2008. Conséquence, le déficit se creusera chaque année un peu plus. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) considère – même dans l’hypothèse très optimiste de plein emploi en 2015 – que les pertes annuelles des régimes de retraite français devraient passer de 4,2 milliards d’euros en 2006 à 24,8 milliards en 2020 et à 68,8 milliards d’euros en 2050.

Cumulés, les déficits annuels de la répartition représentent proportionnellement des masses nettement plus inquiétantes que les moins-values potentielles enregistrées à ce jour par les fonds de pensions. À titre d’illustration l’institut national de la statistique français (INSEE) estimait en 2006 que la « dette implicite ex ante » des systèmes de retraite français représentait 105 % du PIB, soit près de 1 700 milliards d’euros. Faute d’avoir provisionné ces sommes, il sera impossible de maintenir le pouvoir d’achat des retraités français et de ceux qui financent leur retraite.

Il est donc urgent de relativiser les discours opposant une retraite par capitalisation risquée à une retraite par répartition gage de sécurité. La situation des pays où les retraites sont quasi intégralement financées par la répartition, tels la France, est loin d’être aussi confortable que celle de la Suisse et des autres pays de l’OCDE ayant fait le choix de recourir massivement à la capitalisation.

IEM, Intitut Economique Molinari Article a été publié dans Le Temps le 23 janvier 2009.

mercredi 24 décembre 2008

Ne pas confondre retraites et marchés actions

La crise financière donne des ailes aux défenseurs des retraites par répartition. Depuis plusieurs semaines on assiste à une recrudescence des prises de positions soulignant les déboires à court terme des régimes de retraites par capitalisation et, a contrario, les avantages de la répartition. Henri Sterdyniak (OFCE), Pierre Yves Concialdi (IRES) ont par exemple publié des points de vue mettant en avant les pertes des fonds de retraite américains représentant 2.000 milliards de dollars dans les 18 derniers mois, selon le bureau du budget du Congrès (CBO). A les entendre, la crise actuelle marquerait la supériorité de la répartition. Même discours à la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) dont la présidente, Danièle Karniewicz, dépeint la répartition comme « un garde-fou incroyable par rapport à des marchés financiers volatils ».

Pour autant, cette analyse est réductrice. D’une part, la situation des épargnants partant à la retraite ou en phase d’épargne n’est pas désespérée. D’autre part, les régimes de retraite par répartition sont loin d’êtres immunisés à l’égard des évolutions conjoncturelles et structurelles.

Tout d’abord, il est faux de dire que la baisse des marchés actions va se traduire par une baisse à due proportion des pensions de ceux qui s’apprêtent à partir à la retraite. Les gestionnaires institutionnels, tels les fonds de pensions, n’investissent qu’une part de l’épargne retraite qu’ils gèrent sur les marchés actions. Correspondant à l’épargne de moyen ou long terme, cette part est d’autant moins importante que les épargnants sont près de la retraite, c'est-à-dire du moment où il sera nécessaire de convertir leur épargne pour la transformer en rente. Il en va de même pour les épargnants préparant leur retraite individuellement ou collectivement. La quasi-totalité des plans d’épargne qui leur sont proposés, tels les PERP et les PERCO français, permettent d’opter pour des gestions automatiques. Ces dernières privilégient les investissements actions en phase d’épargne, afin de profiter du potentiel de rentabilité à long terme de cette classe d’actifs. A contrario elles privilégient des actifs moins volatiles lorsque les épargnants se rapprochent de la retraite, afin de mettre leur épargne à l’abri des fluctuations des marchés actions. Il existe bien sûr des situations difficiles lorsque des épargnants ont fait le choix de faire différemment et sont restés massivement investis en actions en dépit de l’approche de leur retraite. Handicapés par la baisse des marchés, ils seront confrontés à une alternative douloureuse : vendre des actifs, quitte à réaliser des pertes sur une partie de leurs investissements, ou différer leur départ à la retraite s’ils en ont la possibilité. Pour autant, il ne faut pas oublier qu’s’agit là de situations personnelles résultant, avant tout, de spéculations individuelles.

De même, la situation des épargnants en phase de capitalisation est loin d’être aussi inquiétante que ne le laissent penser les évolutions récentes des marchés. Certes, la baisse des cours suscite une contraction de la valeur de l’épargne accumulée. Toujours est-il que nombre d’épargnants continuent d’extérioriser des plus-values potentielles, notamment s’ils ont investi dans les phases où les marchés étaient bas. D’autres ont accumulé un potentiel de moins-values mais ne réaliseront pas de pertes, n’étant pas en situation de vendre. Enfin tous ces épargnants vont pouvoir bénéficier des opportunités résultant de la baisse de cours. Les versements qu’ils vont faire vont leur permettre d’acheter plus d’actions que par le passé, avec un prix nettement moindre, et les mettront en situation de profiter de la reprise des marchés à moyen ou long terme.

Il en ressort que ce serait une erreur de juger la rentabilité de la capitalisation à l’aune des rendements à court terme des marchés actions. L’épargne retraite est, par essence, une pratique dont les fruits doivent être jugés sur la longue période. Les épargnants qui capitalisent sont par définition des investisseurs à long terme. Achetant régulièrement pour conserver, ils sont en situation d’amortir les chocs et n’ont pas besoin de s’inquiéter inutilement des rendements à court terme.

Enfin a contrario des idées reçues, le clivage entre une capitalisation exposée aux aléas et une répartition, qui ne le serait pas, est factice. Les régimes de retraite par répartition sont loin d’être à l’abri de la conjoncture. Leurs ressources proviennent majoritairement de cotisations sociales, prélevées sur le travail des actifs. Si ces derniers sont moins nombreux, par exemple du fait d’un ralentissement de l’économie, leurs recettes s’amenuisent mécaniquement. C’est exactement ce qui est en train de se produire, la crise ayant naturellement des conséquences sur l’activité des entreprises. Le chômage vient de repasser au-dessus des 2 millions, niveau qu'il n'avait pas atteint en France depuis avril 2007. La situation devrait se dégrader encore plus dans les années à venir, l’OCDE anticipant 200.000 chômeurs de plus dès l’an prochain. Cette remontée du chômage laissera des traces dans les comptes de l’UNEDIC et dans toutes les branches de la sécurité sociale, dont la CNAV. Ces traces seront d’autant plus visibles que cette dernière ne dispose d’aucune réserve, contrairement aux régimes complémentaires ARRCO et AGIRC ayant constitué une épargne de précaution leur permettant d’amortir les chocs.

Ajoutons que la CNAV, directement tributaire des aléas à court terme, doit aussi faire face à des déséquilibres structurels, liés au vieillissement et au contrechoc du baby boom. Le nombre de départs à la retraite est passé d’environ 500.000 par an au début de la décennie à 750.000 en 2007 et 2008. Conséquence, le déficit va se creuser chaque année un peu plus. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) considère que les pertes annuelles des régimes de retraite français devraient passer de 4,2 milliards d’euros en 2006 à 24,8 milliards en 2020 et à 68,8 milliards d’euros en 2050. Précisons que ces chiffres, en euros constants de 2006, sont calculés avec une hypothèse de plein emploi en 2015 très optimiste. Cumulés, les déficits annuels de la répartition représentent proportionnellement des masses nettement plus inquiétantes que les moins-values potentielles enregistrées à ce jour dans les fonds de pensions. A titre d’illustration l’INSEE estimait en 2006 que la « dette implicite ex ante » des systèmes de retraite français représentait 105% du PIB, soit près de 1.700 milliards d’euros. Ce chiffre mesure la masse d’argent qu’il aurait fallu placer pour couvrir tous les déficits à venir de la répartition si les taux d’intérêts étaient 2% plus élevés que la croissance du PIB. Faute d’avoir provisionné ces sommes, il y fort à parier qu’il sera impossible de maintenir le pouvoir d’achat des retraités sans augmenter les charges sociales. De quoi à relativiser les discours opposant une capitalisation risquée à une répartition gage de sécurité…

jeudi 8 mai 2008

L'UNEDIC ne sauvera pas les retraites

L'idée qu'on pourra compenser les déséquilibres de l'assurance vieillesse en réalisant des économies sur la lutte contre le chômage revient sur le devant de la scène, avec les propositions du ministre du Travail aux partenaires sociaux.

Elle repose sur un enchaînement mécaniciste relativement simple : le départ à la retraite des générations du baby boom devrait s'accompagner d'une baisse durable du chômage. En effet, le nombre de personnes d'âge actif stagnant ou diminuant, ces personnes devraient rencontrer moins de difficultés à trouver ou conserver un emploi puisque le déséquilibre entre offre et demande de travail devrait se résorber. Le chômage devrait donc diminuer et l'assurance-chômage, à règles inchangées, devrait dégager un excédent qui pourrait être utilisé pour financer une partie des surcoûts liés au vieillissement.

À plusieurs reprises dans le passé, les pouvoirs publics ont déjà utilisé de tels excédents conjoncturels de certains régimes sociaux pour compenser les difficultés financières d'autres régimes. Lors de la réforme des retraites en 2003, ce mécanisme a de nouveau été proposé. Il a été prévu qu'une partie du déséquilibre des régimes obligatoires de retraite du secteur privé pourrait être financée par la baisse future du chômage. Il est donc fondamental de savoir s'il y là une vraie piste où s'il s'agit d'une impasse.

Le premier écueil avec une telle proposition est qu'elle nous conduit à espérer financer des besoins certains avec des économies hypothétiques.

Il n'existe en réalité aucune certitude que le vieillissement s'accompagnera, mécaniquement, d'une baisse du chômage. De même que la persistance d'un taux de chômage élevé en France, depuis plus de 25 ans, n'est pas due à une démographie trop dynamique, il n'y pas de raison de croire que le départ à la retraite des générations du baby boom va inversement résorber tous nos problèmes.

En effet, comme l'a magistralement exposé à maintes reprises le démographe Alfred Sauvy, le chômage n'est pas lié à des phénomènes démographiques, mais économiques. C'est une illusion de penser qu'il résulte d'un excédent de population. Dans une économie qui fonctionne, le nombre d'emplois possibles ne connaît pas de limites, car les efforts créatifs des uns ouvrent des débouchés pour le travail des autres.

L'expérience des trente glorieuses avec un taux de chômage inférieur à 5 %, une natalité forte, un afflux de main d'œuvre en provenance d'Algérie ou du reste du monde montre bien que dynamisme économique et démographique peuvent aller de pair. Ce n'est que lorsqu'il n'y a plus assez d'individus qui entreprennent, créent des affaires et les développent, que le chômage s'installe durablement, à l'image de ce qui s'est passé depuis les années 1970.

Comme l'exposait Sauvy, faute de l'avoir compris, des pays comme la France « créent du chômage et, une fois obtenu ce beau résultat, accusent les hommes d'être en trop », en cédant aux sirènes malthusienne. C'est ainsi que toutes les politiques de lutte contre le chômage à base de réduction du temps de travail ou d'abaissement de l'âge de la retraite ont systématiquement échoué.

A contrario, l'observation des évolutions dans les pays de l'OCDE entre 1973 et 1996 montre que la croissance de la population active et celle de l'emploi peuvent aller de paire. Les États-Unis et le Canada, qui ont aujourd'hui des taux de chômage sensiblement inférieurs à celui de la France, ont connu une croissance nettement plus rapide de leur population active. Ces résultats contredisent la thèse selon laquelle la croissance du chômage serait une simple conséquence de celle des ressources de main-d'oeuvre.

En fait, le chômage dépend étroitement de facteurs structurels, dont l'évolution est d'autant plus incertaine que la capacité d'innovation et de création, dans une économie vieillissante, risque d'être difficile à conforter. Selon le Conseil d'orientation des retraites, « le départ à la retraite des générations nombreuses du baby-boom ne devrait avoir que très peu, voire pas d'effet à moyen et long terme sur le taux de chômage ».

Le second écueil est qu'il est peu probable que les excédents de l'assurance chômage – si jamais il y en a – permettent de contrebalancer les déficits de l'assurance vieillesse à long terme.

Dans son dernier rapport de janvier 2007, le Conseil d'orientation des retraites montre qu'il faudrait que le chômage redescende à 4,5 % à partir de 2015 pour équilibrer les comptes en 2020, en compensant les déficits du régime général par les excédents de l'assurance chômage. Et le conseil d'ajouter qu'« en revanche, si la situation du marché du travail ne s'améliorait pas suffisamment des besoins de financement apparaîtraient en 2020 même en tenant compte des recettes envisagées en 2003 » suite à la réforme Fillon.

Or, l'expérience des 25 dernières années en France, avec un taux de chômage moyen deux fois supérieur à celui employé dans ces projections, conduit à relativiser grandement cet objectif, d'autant plus qu'à ce jour, ni l'UNEDIC, ni la Sécurité sociale n'ont apuré la dette accumulée au fil des années.

Le principe de prudence conduit donc à considérer, comme les membres de la commission Pébereau, que « dans le meilleur des cas, seule une partie limitée du déséquilibre prévisible des régimes obligatoires pourra être compensé par l'amélioration de la situation de l'emploi ». Il ne faut pas compter sur les économies potentielles relatives aux indemnisations de chômage pour financer l'avenir des régîmes de retraite !

mardi 25 mars 2008

La CFDT brise le tabou de la capitalisation

La CFDT vient de publier mardi 25 mars ses propositions pour les retraites. De façon très classique, elle propose d’assurer la pérennité des régimes de retraite par répartition, tout en améliorant les taux de remplacement, ce que d’aucuns pourraient juger contradictoire. Mais, surprise, le syndicat innove en proposant aussi de « généraliser l’épargne retraite collective ».

Selon lui « par construction, la répartition ne peut répondre, seule, au niveau des pensions quand il y a un déséquilibre entre cotisants et pensionnés ». Il propose donc d’« acter que la répartition n’est capable d’assurer qu’un certain niveau de remplacement » et de la compléter « par une épargne qui ne fonctionne ni sur les mêmes échéances, ni sur les mêmes mécanismes ».

La centrale appelle de ses vœux la « mise en place d’un système généralisé de complément de retraite, partie intégrante des retraites». Selon elle, l’épargne retraite doit devenir « un complément indispensable au régime par répartition pour assurer un taux de remplacement correct comme l’ont fait, avant nous, la plupart des autres pays européens ».

Cette prise de position syndicale, qui pourrait être jugée comme banale chez nos voisins, constitue un acte de bravoure en France, où règne encore le dogme du tout répartition. Espérons qu'elle ne restera pas isolée, et que l'essentiel des centrales syndicales salariales et patronales suivront ...

Pour en savoir plus, télécharger "CFDT Retraites, le rendez-vous de 2008"

mercredi 27 février 2008

La socialisation de l'intéressement, un mauvais calcul de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a indiqué hier qu'il avait chargé le gouvernement d'étudier la possibilité d'intégrer les primes d'intéressement dans l'assiette de calcul des retraites. Selon le chef de l’Etat, il faut que « les salariés qui touchent de l’intéressement ne puissent pas dire ‘et bien écoutez, on s’est moqué de moi, on me donne du pouvoir d’achat mais ça ne compte pas pour la retraite’ ». Des propos qui montrent que le président n’a pas compris ce dont il parle ou que ses objectifs sont autres.

Première erreur. Les salariés ont déjà le choix entre percevoir directement tout ou partie de leur intéressement ou les placer. Ils sont donc libres de le consommer immédiatement ou d'épargner, par exemple en vue de leur retraite. Loin d’améliorer la situation des salariés, l’assujettissement de l’intéressement aux cotisations sociales retraites ne fera que diminuer les sommes disponibles pour consommer ou capitaliser. Cette mesure n’est donc pas une bonne nouvelle, quel que soit le souhait des salariés.

Deuxième erreur. Le gouvernement table sur un gain de 800 millions d’euros par an. Dans les faits, les gains seront moindres puisque taxer l’intéressement réduira son intérêt. Les entreprises auront donc tendance à en distribuer moins, et tout le monde sera perdant.

Troisième erreur. La France souffre d’un sous développement des retraites par capitalisation. Au lieu de chercher à le compenser en incitant les individus à épargner plus, par exemple en plaçant leur intéressement, le président de la République propose d’assujettir ce complément de revenu aux charges sociales. Ce faisant, il va à l’encontre de la démarche entamée par François Fillon en 2003, qui souhaitait le développement d’une épargne retraite individuelle ou collective (PERP, PERCO).

Dans les faits, l’objectif de cette proposition n’est pas de préserver les retraites futures mais d’équilibrer, à court terme, les comptes de l’assurance vieillesse, en trouvant de nouvelles recettes. Nicolas Sarkozy a fait sien l’adage de Keynes, « dans le long terme nous sommes tous morts », pauvres français...

lundi 4 février 2008

Les jeunes français ne sont pas des fans de la répartition.

Comment les jeunes perçoivent les retraites par répartition ? Sont-ils ravis à l'idée de financer les retraites de leurs aînés et d'en être réduit, à leur tour, à devoir tabler sur le travail des générations futures pour financer leurs retraites ?

Une enquête internationale conduite pour le compte de la Fondation pour l'innovation politique apporte une réponse (*). Elle a permis d'interroger plus de 20 000 jeunes de 16 à 29 ans en leur demandant s'ils étaient d'accord ou non avec l'énoncé suivant : « Je suis prêt à payer les impôts nécessaires pour verser les retraites des générations plus âgées ? »

ll en ressort que seul 11% des français sont d'accord avec cette proposition, soit la proportion la plus faible de l'enquête. A contrario 63 % des chinois, 35 % des danois, 32% des américains, 27% des suédois, 25 % des allemands, 21 % des espagnols ou 15 % des japonais sont d'accord pour financer les retraites en répartition .

Dans ces conditions il y a fort à parier que les français opteraient massivement, s'ils avaient le choix, pour des mécanismes de prévoyance retraite faisant appel à la capitalisation.

(*) L'étude complète est disponible sur www.fondapol.org

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